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Affaire Hidaya : une peine de 15 ans qui ravive le débat sur la justice des mineurs au Maroc

Vendredi 07 Novembre 2025 - 10:00
Par: Naji khaoula
Affaire Hidaya : une peine de 15 ans qui ravive le débat sur la justice des mineurs au Maroc

La décision de la Cour d’appel de Tanger de condamner à quinze ans de prison ferme l’auteur du viol et du meurtre de la petite Hidaya, âgée de six ans, continue de susciter une profonde indignation. Dans tout le pays, associations de défense des droits de l’enfant et militants pour la justice dénoncent un verdict jugé « trop clément » au regard de la gravité du crime.

L’affaire avait bouleversé l’opinion publique. Hidaya, disparue il y a quelques semaines, avait été attirée, violée puis assassinée. Son agresseur, un adolescent, avait tenté de dissimuler le corps. Le drame, d’une cruauté inouïe, avait provoqué une vague d’émotion nationale. Mais la peine prononcée par la justice – quinze ans de réclusion – a pris beaucoup de Marocains de court, relançant le débat sur la justice des mineurs et la protection effective des enfants contre les violences extrêmes.

Une condamnation jugée « trop légère »

Pour Najia Adib, présidente de l’association Touche pas à mon enfant, cette peine est « un affront à la mémoire de la victime » et « un signal dangereux envoyé à la société ».

« Quinze ans, c’est incompréhensible ! Ce crime, qui combine enlèvement, viol et meurtre d’un enfant, méritait au minimum la réclusion à perpétuité. Ce verdict banalise la barbarie et risque d’encourager la récidive », déplore-t-elle.

Plusieurs ONG ont rejoint cet appel à la révision du jugement en appel, estimant que la décision « manque de dissuasion » et « trahit une justice déconnectée de la réalité des crimes commis contre les enfants ».

Entre émotion et droit

Mais pour certains juristes, le tribunal a simplement appliqué la loi. Le professeur de droit Hassan Rahihiya, membre de l’ONG Alternatives pour l’enfance et la jeunesse, rappelle que le statut de mineur du coupable limite la sévérité des peines.

« La loi actuelle prévoit une réduction de moitié de la peine maximale lorsqu’il s’agit d’un mineur. Le juge n’a donc pas agi en dehors du cadre légal. Mais cette affaire met en lumière une faille majeure du système : peut-on traiter de la même manière un mineur auteur d’un vol et un mineur auteur d’un meurtre avec viol ? », interroge-t-il.

Le juriste plaide pour une réforme du Code pénal afin d’introduire des exceptions dans les cas de crimes particulièrement violents, notamment ceux à caractère sexuel. Selon lui, il est nécessaire de concilier la protection du mineur délinquant avec celle, primordiale, de l’enfant victime.

Vers une réforme urgente

Au-delà du jugement, l’affaire Hidaya agit comme un électrochoc. Elle met en lumière les carences du dispositif de protection de l’enfance au Maroc, qu’il s’agisse du manque d’encadrement, de la précarité des familles ou de la faiblesse de la prévention.

« La société a sa part de responsabilité. Le manque d’éducation, de sensibilisation et de structures de prise en charge favorise les dérives violentes », souligne Rahihiya.

Face à cette tragédie, plusieurs organisations appellent à un débat national sur la réforme de la justice des mineurs, afin que l’âge ne soit plus un facteur systématique d’atténuation des peines dans les affaires de viol et de meurtre. Elles réclament aussi un renforcement des mesures de prévention et d’accompagnement des familles vulnérables.

En attendant une éventuelle révision du verdict, la famille de la petite Hidaya, soutenue par de nombreuses associations, continue de réclamer une justice exemplaire. Une question hante désormais l’opinion publique : combien d’enfants devront encore mourir avant que la loi protège réellement les plus fragiles ?



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