Afrique : Ryad Mezzour défend une industrialisation fondée sur la production locale
L’Afrique dispose d’atouts considérables. Le continent concentre une large part des terres arables mondiales, possède d’importantes réserves de ressources stratégiques et bénéficie d’une population parmi les plus jeunes au monde. Pourtant, ces avantages ne se traduisent pas encore pleinement par une croissance inclusive et durable. Pour Ryad Mezzour, ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, le véritable défi ne réside plus dans l’identification de ce potentiel, mais dans la capacité des pays africains à le convertir en richesse, en emplois et en développement industriel.
Intervenant lors de la quatrième édition du Symposium économique africain, organisé par le Policy Center for the New South, le ministre a défendu une vision fondée sur la production locale, l’investissement de long terme et la montée en gamme industrielle. Selon lui, l’avenir économique du continent dépend moins de l’exportation de matières premières que de leur transformation sur place afin de créer davantage de valeur ajoutée.
Transformer les ressources en richesse durable
Pour Ryad Mezzour, la richesse naturelle ne garantit pas à elle seule le développement économique. De nombreux pays africains continuent d’exporter des matières premières brutes, laissant la plus grande partie de la valeur ajoutée être créée à l’étranger. Cette dépendance limite les recettes fiscales, freine la création d’emplois qualifiés et expose les économies aux fluctuations des marchés internationaux.
Le responsable marocain estime que l’industrialisation constitue la réponse à ce défi. Développer des unités de transformation, renforcer les chaînes de valeur locales et favoriser l’émergence d’un tissu industriel performant permettraient au continent de mieux valoriser ses ressources tout en consolidant sa souveraineté économique.
Le Maroc comme illustration d’une transformation progressive
Le parcours du Maroc illustre, selon le ministre, les effets d’une stratégie industrielle menée sur le long terme. L’ouverture progressive de l’économie aux échanges internationaux a certes entraîné la disparition de certaines activités historiques, confrontées à une concurrence mondiale plus compétitive.
Cette phase de transition s’est accompagnée de restructurations parfois coûteuses sur le plan social. Toutefois, elle a également favorisé l’émergence de nouveaux secteurs industriels capables de répondre aux standards internationaux, avec des capacités de production bien supérieures à celles des anciennes unités.
Cette évolution démontre qu’une transformation économique implique souvent des choix difficiles avant de produire des résultats durables.
Les infrastructures, fondement de la compétitivité
Le ministre souligne que l’industrialisation ne peut se développer sans infrastructures modernes. Les investissements réalisés au Maroc dans les ports, les réseaux autoroutiers, les plateformes logistiques et les zones industrielles ont progressivement amélioré la compétitivité du pays.
La réduction des délais de transport et des coûts logistiques a renforcé l'attractivité du territoire auprès des investisseurs internationaux et facilité l’intégration des entreprises marocaines dans les chaînes de valeur mondiales.
Ces infrastructures, parfois critiquées lors de leur lancement en raison de leur coût élevé, apparaissent aujourd’hui comme un levier essentiel du développement industriel et des exportations.
L’automobile, vitrine de la stratégie industrielle
L’industrie automobile constitue aujourd’hui le principal secteur exportateur du Maroc. Son développement repose sur un vaste écosystème associant constructeurs, équipementiers, entreprises logistiques et fournisseurs spécialisés.
Au-delà des emplois directs créés, cette filière génère un important effet d’entraînement sur l’économie nationale grâce aux activités de sous-traitance, aux services industriels et aux investissements dans les infrastructures de transport.
Cette réussite illustre, selon Ryad Mezzour, l'importance d'une politique industrielle cohérente, capable d'accompagner les entreprises sur plusieurs décennies.
Investir avant que la demande n’apparaisse
Le ministre insiste également sur le rôle stratégique de l’État dans les investissements de long terme. Les grands projets d’infrastructures ne produisent pas toujours des bénéfices immédiats, mais ils créent les conditions nécessaires à l’installation de nouvelles activités économiques.
Cette logique diffère de celle du secteur privé, généralement orienté vers des investissements offrant une rentabilité plus rapide. Les pouvoirs publics ont, selon lui, la responsabilité de préparer l’avenir en finançant des équipements structurants dont les retombées peuvent se mesurer sur dix, voire vingt ans.
À terme, cette dynamique permet d’élargir la base productive, de renforcer les recettes publiques et de financer plus durablement les politiques sociales, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale.
Miser sur la transformation locale des ressources
Les ressources naturelles représentent un levier majeur pour de nombreux pays africains, mais leur exploitation reste souvent limitée à l’extraction.
Le Maroc a progressivement développé une stratégie de valorisation de ses phosphates à travers la production d’engrais, la recherche et le développement de solutions adaptées aux besoins agricoles internationaux. Cette approche permet de créer davantage de valeur sur le territoire national et de renforcer la compétitivité du secteur.
Pour Ryad Mezzour, cette logique pourrait inspirer d’autres économies africaines désireuses de réduire leur dépendance aux exportations de matières premières brutes.
L’intelligence artificielle, nouvelle opportunité pour l’Afrique
Au-delà de l’industrie traditionnelle, le ministre estime que l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle phase de développement pour le continent.
Grâce aux outils d’IA, les petites entreprises peuvent désormais accéder à des capacités d’analyse, de programmation, de recherche ou d’ingénierie auparavant réservées aux grandes multinationales. Cette évolution pourrait réduire certaines barrières technologiques et accélérer la modernisation de secteurs comme la santé, l’agriculture, les services publics ou encore l’industrie.
Toutefois, cette révolution numérique suppose des investissements dans la formation, les infrastructures digitales et les capacités nationales de calcul afin d’éviter une nouvelle forme de dépendance technologique.
La souveraineté technologique comme prochaine étape
Pour Ryad Mezzour, les États africains doivent également développer leurs propres solutions d’intelligence artificielle, adaptées aux langues, aux réalités économiques et aux besoins des populations locales.
La maîtrise des données, des outils numériques et des technologies émergentes constitue désormais un enjeu stratégique comparable à celui des infrastructures physiques. Après les ports, les autoroutes et les zones industrielles, la souveraineté technologique pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la compétitivité africaine dans les prochaines décennies.
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