Agriculture marocaine : les tensions sur les oignons et le recul des fraises mettent en lumière les défis du secteur
Le secteur agricole marocain traverse une période marquée par de profondes mutations. Deux évolutions récentes illustrent les difficultés auxquelles sont confrontées plusieurs filières stratégiques : la forte hausse des importations d'oignons et le recul historique des exportations de fraises fraîches. Entre aléas climatiques, concurrence internationale et contraintes logistiques, ces tendances soulignent les fragilités d'un modèle agricole fortement orienté vers les marchés extérieurs.
Selon des données relayées par la plateforme spécialisée EastFruit, le Maroc a importé plus de 21 000 tonnes d'oignons frais entre juillet 2025 et avril 2026, pour une valeur supérieure à 9 millions de dollars. Ce volume représente une progression exceptionnelle par rapport aux saisons précédentes et dépasse largement les niveaux enregistrés au cours de la dernière décennie.
Les importations se sont accélérées au fil des mois. Après un démarrage relativement modeste en janvier, les volumes ont fortement augmenté pour dépasser 14 500 tonnes en avril. Les Pays-Bas ont assuré plus de 60 % des livraisons, suivis de l'Espagne, tandis que la France, la Belgique et l'Égypte ont également contribué à l'approvisionnement du marché marocain.
Cette évolution contraste avec le rôle habituel du Maroc, historiquement reconnu comme un exportateur d'oignons vers plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Durant la même période, les exportations marocaines ont fortement diminué, atteignant seulement 2 700 tonnes entre janvier et avril 2026, créant un déséquilibre inédit entre les flux d'importation et d'exportation.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les conditions climatiques défavorables ont affecté les principales zones de production, notamment Tamehdit, Fès et Meknès, où les épisodes de froid, les variations météorologiques et d'autres contraintes ont réduit les rendements ainsi que la qualité des récoltes. Malgré cette baisse de production, une partie des oignons répondant aux standards d'exportation a continué d'être destinée aux marchés ouest-africains, limitant davantage les disponibilités sur le marché national.
Les difficultés sont également liées aux capacités de stockage. L'insuffisance des infrastructures de conservation, notamment de la chaîne du froid, ainsi que les pertes post-récolte, compliquent la constitution de réserves suffisantes pour couvrir les besoins durant les périodes de faible production.
La filière fraise confrontée à une baisse historique
La culture de la fraise connaît également une saison particulièrement difficile. Entre octobre 2025 et avril 2026, les exportations marocaines de fraises fraîches ont chuté à environ 8 700 tonnes, un niveau considéré comme l'un des plus faibles enregistrés ces dernières années.
Cette baisse résulte d'une combinaison de facteurs. Les producteurs font face à une concurrence croissante des cultures de myrtilles et de framboises, dont la demande internationale progresse régulièrement et dont la rentabilité apparaît plus attractive pour de nombreuses exploitations.
Les conditions météorologiques ont également pesé sur la campagne agricole. Les vagues de froid, l'humidité persistante et les températures irrégulières ont retardé la maturation des fruits, réduisant la capacité des producteurs marocains à profiter pleinement de la période la plus favorable sur les marchés européens. En parallèle, des inondations survenues au début de l'année 2026 dans les régions du Gharb et du Loukkos ont provoqué des dégâts importants sur plusieurs exploitations, affectant les tunnels de culture et une partie des plantations.
À ces difficultés s'ajoutent les tensions sur le marché de l'emploi agricole. De nombreux travailleurs saisonniers choisissent de partir en Espagne, attirés par des rémunérations plus élevées, tandis que d'autres privilégient les exploitations de framboises ou de myrtilles, laissant la filière fraise confrontée à un manque de main-d'œuvre lors des périodes de récolte.
Les principaux marchés européens ont enregistré une baisse sensible des importations de fraises marocaines. Les exportations vers la France ont fortement diminué, tandis que les reculs ont également été marqués au Royaume-Uni et en Espagne, deux destinations majeures pour cette production.
Enfin, la concurrence internationale s'intensifie avec la montée en puissance des producteurs égyptiens, qui proposent des fruits à des prix plus compétitifs. Cette pression sur les marges conduit certains agriculteurs marocains à réorienter progressivement leurs exploitations vers des cultures jugées plus rentables, accentuant les transformations du paysage agricole national.
Face à ces défis, les professionnels du secteur estiment que le renforcement des infrastructures de stockage, l'amélioration de la gestion des ressources hydriques, l'adaptation aux changements climatiques et le soutien à la compétitivité des filières demeurent des leviers essentiels pour préserver la place de l'agriculture marocaine sur les marchés internationaux.
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