Agriculture mondiale : tensions au Moyen-Orient et flambée attendue des engrais azotés
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à produire des effets visibles sur les marchés mondiaux des intrants agricoles. Dans une récente analyse, l’agence de notation financière Fitch Ratings signale une pression haussière sur certains engrais, notamment ceux à base d’azote, dans un contexte marqué par des perturbations des flux énergétiques et maritimes.
Selon l’agence, la guerre déclenchée fin février dans la région et la fermeture du détroit d’Ormuz pèsent sur l’équilibre des marchés internationaux des matières premières. Ces perturbations touchent directement les intrants chimiques utilisés dans l’agriculture, dont la production reste fortement dépendante de l’énergie, en particulier du gaz naturel.
Les engrais azotés sous tension
Dans ses nouvelles prévisions, Fitch revoit à la hausse les prix de l’ammoniac et de l’urée, deux composants essentiels dans la fabrication d’engrais azotés. L’ammoniac pourrait atteindre environ 375 dollars la tonne en 2026 contre 300 dollars précédemment estimés, tandis que l’urée pourrait progresser jusqu’à 420 dollars la tonne, soit une hausse notable par rapport aux projections antérieures.
Cette évolution s’explique en grande partie par les tensions sur les marchés énergétiques. Une part importante du pétrole mondial transite habituellement par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui perturbé par le conflit. Or, les intrants azotés sont produits à partir de procédés industriels fortement dépendants du gaz naturel, ce qui les rend particulièrement sensibles aux fluctuations des coûts énergétiques.
Les phosphates plus résistants à la volatilité
À l’inverse, les engrais phosphatés devraient conserver une relative stabilité. Fitch prévoit que le prix de la roche phosphatée se maintienne autour de 150 dollars la tonne en 2026 pour les exportations en provenance du Maroc.
Cette stabilité s’explique notamment par la configuration géographique des principaux producteurs. Les pays exportateurs majeurs, dont le Maroc, la Jordanie et la Syrie, disposent d’un accès maritime via la Méditerranée ou la Mer Rouge, ce qui limite l’impact direct des perturbations dans le Golfe.
Dans ce contexte, la filière phosphatière marocaine pourrait bénéficier d’un avantage compétitif sur un marché mondial marqué par l’incertitude.
DAP et potasse : un marché également sous pression
D’autres segments du marché des engrais restent néanmoins soumis à certaines tensions. Le phosphate di-ammonique (DAP), largement utilisé dans l’agriculture mondiale, pourrait évoluer autour de 650 dollars la tonne. Cette situation est liée à une pénurie de soufre sur les marchés internationaux ainsi qu’à des restrictions d’exportation imposées par la Chine.
Du côté de la potasse, Fitch anticipe également une légère progression des prix, estimant qu’ils pourraient atteindre 280 dollars la tonne contre environ 260 dollars auparavant.
Une pression qui pourrait s’atténuer à moyen terme
Malgré ces tensions, l’agence de notation estime que la hausse actuelle pourrait rester temporaire. Les prix des engrais devraient progressivement se normaliser à partir de 2027-2028, à mesure que les marchés énergétiques et logistiques retrouveront un équilibre.
D’ici là, la stabilité relative des phosphates offre au Maroc une position stratégique dans l’approvisionnement mondial en intrants agricoles. Dans un environnement international incertain, cette résilience pourrait renforcer la compétitivité des producteurs marocains et soutenir leurs perspectives commerciales sur les marchés internationaux.
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