Après la finale de la CAN, le football africain face à l’épreuve de la crédibilité
Une semaine après la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 opposant le Maroc au Sénégal, le dossier disciplinaire continue de secouer les instances du football africain. La Confédération africaine de football (CAF) a annoncé, ce dimanche, le report de la réunion de sa commission de discipline, initialement prévue le jour même, au mardi 27 janvier. Cette décision fait suite à une demande officielle de la Fédération sénégalaise de football (FSF), souhaitant disposer d’un délai supplémentaire pour préparer sa défense.
Un report encadré par des garanties procédurales
Si le calendrier a été ajusté, la CAF a simultanément pris une mesure forte afin de préserver la crédibilité du processus disciplinaire. Ousmane Kane, président sénégalais de la commission de discipline, a été temporairement écarté de l’examen du dossier en raison de l’implication directe de son pays dans l’affaire. Une disposition prévue par les règlements internes de l’instance continentale, destinée à éviter tout conflit d’intérêts et à garantir l’impartialité des débats.
Une finale toujours sous haute tension
La rencontre Maroc–Sénégal reste au cœur d’une controverse d’ampleur, nourrie par une succession de déclarations contradictoires et d’accusations publiques. Après les propos du défenseur sénégalais Ismaïla Jakobs évoquant de supposés faits d’empoisonnement — rapidement démentis par son coéquipier Idrissa Gana Gueye — le débat a pris une tournure plus institutionnelle avec les interventions médiatiques du président de la FSF, Abdoulaye Fall.
Le milieu de terrain d’Everton a, pour sa part, rejeté toute accusation, affirmant que la sélection sénégalaise voyage toujours avec son propre chef et qu’aucun incident sanitaire n’avait précédé la finale. Ces déclarations ont toutefois accentué la confusion, renforçant le climat de suspicion autour de l’événement.
Les griefs d’Abdoulaye Fall
Dans une longue intervention diffusée sur le média sénégalais Sénéweb, Abdoulaye Fall a dressé un réquisitoire sévère contre l’organisation de la finale. Il a mis en cause la logistique globale, le choix de l’hôtel retenu par sa délégation — parmi deux options proposées par la CAF —, ainsi que les conditions de sécurité à l’arrivée à Rabat, malgré les images diffusées sur les réseaux sociaux montrant un dispositif sécuritaire conséquent.
Le président de la FSF a également critiqué la gestion de la billetterie, pourtant entièrement centralisée par la CAF via une plateforme en ligne, et le lieu d’entraînement attribué à son équipe. Le Sénégal aurait ainsi refusé de s’entraîner au Complexe Mohammed VI, invoquant des préoccupations liées à la confidentialité tactique.
L’arbitrage, point de rupture
Le cœur de la contestation sénégalaise demeure néanmoins l’arbitrage de la finale. Abdoulaye Fall affirme que l’identité de l’arbitre n’aurait été communiquée que la veille du match, trop tard pour permettre une éventuelle récusation. Il soutient également qu’une lettre de protestation aurait été transmise à la CAF alors que la rencontre était encore en cours.
Ces déclarations ont accru la pression sur une CAF déjà fragilisée par une finale marquée par de fortes tensions et un public extrêmement impliqué.
Des accusations jugées infondées
En toile de fond, les propos d’Abdoulaye Fall accusant le Maroc d’exercer une influence excessive sur la CAF ont suscité une vive réaction. Plusieurs observateurs estiment que ces accusations sont graves, non étayées et susceptibles de porter atteinte à l’image des institutions sportives africaines.
Selon des sources proches du dossier, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) disposerait d’un argumentaire juridique solide, tandis que l’atmosphère au siège de la CAF, au Caire, est décrite comme particulièrement lourde.
Un scénario inédit à l’étude
Parmi les hypothèses évoquées figure un scénario inédit : la validation sportive du résultat tout en gelant le versement de la prime du vainqueur, estimée à 10 millions de dollars, dans l’attente d’une éventuelle décision du Tribunal arbitral du sport (TAS). Une option qui traduirait la reconnaissance d’un risque juridique réel pour l’instance continentale.
Parallèlement, le sort de l’arbitre congolais Jean-Jacques Ngambo Ndala est également en discussion. Selon plusieurs sources, une suspension temporaire de son badge international serait envisagée, dans l’attente d’une évaluation complète de sa prestation.
Une séquence vidéo au cœur du dossier
Le dossier a pris une dimension nouvelle avec l’apparition d’un enregistrement vidéo, présenté comme central dans la note juridique transmise par la partie marocaine. Une phrase attribuée à un haut responsable de la délégation sénégalaise, captée dans le tunnel menant à la pelouse, est interprétée comme un appel explicite au retrait, assimilable à un refus de jeu.
Pour le Maroc, le retour tardif de l’équipe sénégalaise sur le terrain ne constituerait pas une reprise normale, mais une manœuvre visant à éviter des sanctions disciplinaires lourdes.
La CAF face à un dilemme juridique
Ces éléments placent la CAF dans une position délicate. Ignorer cette séquence fragiliserait la portée de ses règlements disciplinaires, tandis qu’une sanction sévère pourrait ouvrir la voie à un contentieux majeur. Des tentatives de médiation auraient été engagées ces dernières heures, sans succès apparent, le Maroc semblant déterminé à poursuivre la voie juridique jusqu’à son terme.
La réunion de la commission de discipline, prévue mardi, s’annonce ainsi décisive pour l’avenir immédiat du football africain et la crédibilité de ses institutions.
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