Aquaculture au Maroc : la bio-innovation accélère la transformation d’un secteur stratégique
L’aquaculture marocaine poursuit sa montée en puissance, portée par une stratégie nationale axée sur l’innovation, la durabilité et la valorisation des ressources marines. Bien que la production actuelle demeure relativement limitée, les investissements engagés et les nombreux projets en cours témoignent d’une ambition claire : faire de cette filière un moteur de croissance économique, de création d’emplois et de développement des territoires côtiers.
Selon les estimations de la Banque mondiale, le Maroc vise une production aquacole de 300 000 tonnes au cours de la prochaine décennie, avec un objectif de création de 30 000 emplois. À ce jour, la production nationale est évaluée à environ 3 600 tonnes, mais les perspectives de croissance restent importantes grâce aux programmes publics et aux investissements privés.
Une filière soutenue par des investissements croissants
L’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) occupe une place centrale dans cette dynamique. À la mi-2024, l’agence recensait 173 fermes aquacoles installées, représentant un potentiel de production supérieur à 99 000 tonnes par an. À ces infrastructures s’ajoutent plus d’une soixantaine de projets en cours d’équipement, qui devraient renforcer significativement les capacités nationales.
En 2025, l’ANDA a accompagné le lancement de 184 nouveaux projets, mobilisant près de 1,76 milliard de dirhams d’investissements. Ces initiatives ont déjà permis la création de plus de 2 250 emplois directs, tout en stimulant l’activité économique dans plusieurs zones littorales.
Les opportunités d’investissement dans le secteur devraient dépasser un milliard de dollars, confirmant l’intérêt croissant des investisseurs pour une activité considérée comme stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire, réduire les importations et développer une production locale durable.
Une diversification des productions aquacoles
Le développement de l’aquaculture marocaine repose également sur la diversification des espèces élevées. Outre les poissons, les exploitations produisent désormais des moules, des huîtres, des palourdes, des crevettes ainsi que différentes variétés d’algues marines.
L’essor de l’algoculture et de la conchyliculture ouvre de nouvelles perspectives industrielles. Les algues, notamment, trouvent des applications dans les secteurs de l’alimentation, des cosmétiques, des produits pharmaceutiques, des engrais, du textile, de la bioénergie et des solutions environnementales, faisant de cette ressource un pilier de la stratégie marocaine de bio-innovation.
Des initiatives entrepreneuriales, à l’image de VitaminSea Maroc, spécialisée dans l’élevage de crevettes, ou de SETEXAM, active dans la production d’algues, illustrent cette volonté d’associer innovation technologique, compétitivité et développement durable.
Un accompagnement public renforcé
Afin de soutenir la compétitivité de la filière, les autorités ont prolongé plusieurs mesures d’incitation. Parmi elles figure le maintien d’un droit de douane réduit à 2,5 % sur l’importation des aliments destinés aux poissons jusqu’en 2026, afin d’alléger les coûts de production.
Parallèlement, plusieurs programmes de financement ont été conclus avec la Banque mondiale et la Banque islamique de développement. Plus de 42 millions de dirhams ont ainsi été mobilisés pour accompagner les petites et moyennes entreprises évoluant dans le secteur aquacole.
Des défis à relever pour accélérer la production
Malgré les avancées enregistrées, plusieurs contraintes structurelles continuent de freiner le développement de la filière. Le manque de couvoirs, d’unités de fabrication d’aliments, d’infrastructures frigorifiques et d’installations de transformation limite encore la montée en puissance de la production.
Pour renforcer la chaîne de valeur, le Maroc a engagé la construction de sa première écloserie de poissons dans la zone de Tahaddart. Des solutions techniques sont également déployées afin d'améliorer la collecte des naissains de coquillages et de sécuriser l'approvisionnement des exploitations.
L’économie bleue au cœur de la stratégie nationale
Le développement de l’aquaculture s’inscrit dans une stratégie plus large consacrée à l’économie bleue et à l’adaptation au changement climatique. Avec l’appui de la Banque mondiale, le Maroc bénéficie d’un programme de financement de 350 millions de dollars, complété par une contribution supplémentaire de 5 millions de dollars du fonds multidonateurs PROBLUE.
Cette initiative vise à renforcer la gestion durable des ressources marines, restaurer les écosystèmes côtiers, préserver les dunes et les forêts littorales, tout en améliorant la protection des populations face aux risques d’érosion et d’inondation.
Grâce à cette approche intégrée, le Royaume ambitionne de faire de l’aquaculture un secteur innovant, créateur de valeur et capable de répondre aux enjeux économiques, alimentaires et environnementaux des prochaines décennies.
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