Arabie saoudite-Yémen : les frappes contre les Houthis ravivent les tensions régionales
La confrontation entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthis s’intensifie. Mardi 13 octobre, la coalition militaire dirigée par Riyad a revendiqué des frappes contre plusieurs infrastructures au Yémen, tandis que les autorités saoudiennes ont annoncé avoir intercepté des missiles et des drones visant le royaume. Les échanges de tirs font craindre une nouvelle aggravation des tensions régionales, sur fond de pressions économiques et d’urgence humanitaire.
Des frappes contre plusieurs infrastructures au Yémen
Le porte-parole de la coalition, Turki al-Maliki, a confirmé des opérations aériennes visant des installations pétrolières à Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, ainsi que d’autres infrastructures dans les provinces de Saada et de Dhamar. Selon la coalition, les sites ciblés contribuaient à « l’effort de guerre » des combattants.
Quelques heures avant les frappes, la coalition avait appelé les habitants à évacuer certaines zones de Sanaa en prévision d’une « opération spéciale ». Ce message constituait un premier avertissement de ce type depuis la reprise des hostilités en juillet, après plusieurs années d’accalmie.
La Yemen Petroleum Company (YPC), visée dans la capitale, a indiqué avoir pris les précautions nécessaires. L’entreprise a assuré que les frappes n’avaient affecté ni ses stocks ni l’approvisionnement.
Riyad annonce l’interception de missiles et de drones
Les Houthis avaient prévenu qu’une attaque contre Sanaa entraînerait une riposte contre l’Arabie saoudite. Ils avaient notamment évoqué des cibles potentielles à Riyad, dont une raffinerie et l’aéroport international, ainsi que des installations du groupe pétrolier Aramco.
Dans la soirée, plusieurs explosions ont été signalées. Des journalistes de l’Agence France-Presse ont rapporté une détonation dans la capitale saoudienne, tandis que des témoins ont fait état d’explosions sur un site d’Aramco dans l’est du pays. Ces événements n’avaient pas été revendiqués dans l’immédiat.
Les autorités saoudiennes ont annoncé avoir intercepté et détruit plusieurs missiles balistiques et drones. Certains engins se dirigeaient vers Riyad et le sud du royaume, tandis que d’autres visaient des zones abritant des infrastructures pétrolières, notamment à Dhahran et dans la province orientale.
Tôt mercredi, les autorités ont indiqué que quatre personnes, deux femmes, un homme et un enfant, avaient été blessées par des débris de missiles dans la capitale. Un site administratif d’Aramco à Dhahran a également été touché, provoquant un incendie limité sans faire de victime.
Une économie saoudienne sous pression
Les attaques interviennent alors que l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole brut et première économie du Moyen-Orient, subit déjà les conséquences du conflit régional, notamment les perturbations liées au détroit d’Ormuz.
Mardi soir, deux navires, un pétrolier et un porte-conteneurs, ont été touchés par des projectiles d’origine inconnue dans ce passage stratégique, selon l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO.
Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit désormais une contraction de 3,3 % du produit intérieur brut saoudien sur l’année, soit une révision à la baisse de cinq points par rapport à son estimation de juillet. Cette prévision ne tient toutefois pas compte des dernières attaques ni des risques liés à la prise de contrôle par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb et du littoral yéménite sur la mer Rouge.
Sur le terrain, les combats se poursuivent également au Yémen. Malgré les frappes de la coalition, les Houthis ont renforcé leur pression sur Taëz, troisième ville du pays.
Les organisations humanitaires alertent sur les risques d’escalade
L’intensification des hostilités suscite des inquiétudes quant à ses conséquences sur les populations civiles. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé à une « désescalade au Moyen-Orient », avertissant qu’une aggravation du conflit pourrait avoir des conséquences désastreuses pour des dizaines de millions de personnes.
La situation sanitaire au Yémen demeure également préoccupante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé que le nombre de cas suspects de choléra avait triplé en trois semaines. Cette progression accentue la pression sur des structures de santé déjà mobilisées pour prendre en charge des milliers de blessés liés aux combats.
Entre intensification militaire, vulnérabilités économiques et urgence sanitaire, la poursuite des affrontements fait peser de nouvelles incertitudes sur l’évolution du conflit au Yémen et ses répercussions régionales.
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