Banques marocaines : grandes bénéficiaires du nouveau cycle d’investissement
Porté par la reprise économique, un effort d’investissement public d’envergure et un environnement monétaire plus souple, le secteur bancaire marocain s’installe dans une phase de rentabilité plus durable. Longtemps axé sur le crédit classique, son modèle évolue désormais vers le financement de l’équipement, le digital et les activités de marché, dessinant une dynamique où l’État, l’économie réelle et les banques avancent de manière convergente.
Depuis deux ans, le paysage financier national connaît une transformation progressive mais profonde. Après une période marquée par la sécheresse, les tensions inflationnistes et le resserrement monétaire, l’année 2025 marque un tournant. La croissance économique atteint 5 %, son niveau le plus élevé depuis 2017. C’est dans ce contexte que s’inscrit une récente analyse d’Attijari Global Research consacrée aux banques cotées, qui met en évidence un changement de régime : le secteur bancaire ne se contente plus d’accompagner la conjoncture, il devient un pilier central d’une croissance tirée par l’investissement.
Au cœur de cette dynamique figure un vaste programme d’investissement public estimé à près de 340 milliards de dirhams, soit environ 21 % du PIB, un niveau largement supérieur à la moyenne historique. Infrastructures routières, barrages, plateformes logistiques, santé, éducation ou encore zones industrielles : l’investissement est redevenu un levier prioritaire de développement, avec les banques comme principaux relais de financement.
Cette impulsion se traduit directement dans les chiffres du crédit. En 2025, les encours de prêts à l’économie progressent de 8 %, un rythme inédit depuis quinze ans. Mais l’évolution la plus marquante concerne leur structure : les crédits à l’équipement enregistrent une hausse spectaculaire de 25 %, atteignant 304 milliards de dirhams. Ils représentent désormais près d’un quart de l’encours total, un niveau jamais atteint auparavant, signe d’un recentrage vers le financement de projets productifs et structurants.
Le Trésor a également soutenu cette dynamique à travers des opérations de cession-bail immobilier, permettant de dégager des marges de financement tout en soutenant les établissements publics et parapublics. Selon Attijari Global Research, ces mécanismes ont joué un rôle clé dans l’accélération des crédits à l’équipement.
Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib a accompagné le mouvement en assouplissant sa politique. La baisse du taux directeur de 25 points de base en mars 2025, la troisième depuis mi-2024, a contribué à améliorer les conditions de financement, à soutenir l’investissement et à alléger les coûts de refinancement des banques.
Les résultats financiers confirment cette tendance. À fin septembre 2025, les banques cotées affichent un produit net bancaire de 72 milliards de dirhams, en progression de 6 %, tandis que le résultat net part du groupe atteint 17 milliards, en hausse de 13,6 %.
Cette performance repose sur plusieurs facteurs structurels : la forte proportion des ressources à vue, qui représentent près de 73 % des dépôts et réduisent le coût de financement, la montée en puissance des activités de marché, l’accélération de la digitalisation qui permet de maîtriser les charges et d’améliorer l’efficacité opérationnelle, ainsi qu’une amélioration notable de la qualité des actifs, illustrée par la baisse du coût du risque.
Ces évolutions traduisent un changement de modèle bancaire. Moins dépendant des marges traditionnelles, le secteur s’oriente davantage vers le financement de l’économie réelle, l’innovation financière et des activités à plus forte valeur ajoutée.
Dans son analyse, Attijari Global Research évoque l’émergence d’un « cercle vertueux de rentabilité » : l’investissement stimule le crédit, le crédit renforce les performances bancaires, et des banques plus solides sont mieux positionnées pour financer les prochaines phases de développement. Le retour sur fonds propres attendu pour 2026-2027 devrait ainsi dépasser 13 %, un seuil symbolique pour le secteur.
Pourtant, cette amélioration ne se reflète pas encore pleinement en Bourse. Les valorisations demeurent contenues, avec un multiple de bénéfices historiquement bas au regard de la rentabilité attendue. Sur cette base, le potentiel de revalorisation du secteur bancaire coté est estimé à environ 26 % à l’horizon 2026.
Au-delà des indicateurs financiers, l’enjeu est avant tout stratégique. Le système bancaire marocain s’affirme de plus en plus comme un acteur central du développement national. En finançant l’équipement, en accélérant sa transformation digitale et en renforçant sa solidité financière, il s’inscrit au cœur d’une dynamique où l’investissement public soutient la croissance, la croissance nourrit le crédit et le crédit renforce la capacité d’investissement du pays.
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