Barrages au Maroc : les réserves hydriques atteignent un niveau record depuis 2018
La situation hydrique du Maroc connaît un basculement spectaculaire. Selon les données communiquées par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, à l’issue du Conseil de gouvernement du 11 février, les retenues des barrages ont accumulé plus de 12 milliards de mètres cubes d’eau depuis le 1er septembre 2025, soit 134 % de la moyenne saisonnière.
Cette progression s’explique par une séquence pluviométrique particulièrement intense et concentrée dans le temps. À elle seule, la période allant du 12 décembre 2025 au 11 février 2026 représente plus de 96 % des apports enregistrés sur l’ensemble de la saison hydrologique. Depuis la mi-janvier, les volumes reçus dépassent même ceux de certaines années complètes.
Un taux de remplissage en forte progression
Conséquence directe : le taux national de remplissage des barrages est passé de 31,1 % mi-décembre à 69,35 % début février, avec un stock global estimé à 11,62 milliards de m³, un niveau inédit depuis 2018.
Plusieurs bassins se distinguent nettement. Celui du Sebou concentre à lui seul plus de 5 milliards de m³ d’apports et dépasse 91 % de remplissage. Le bassin du Loukkos affiche pour sa part plus de 93 %. Au total, 31 barrages dépassent désormais 80 % de leur capacité.
Des infrastructures soumises à une pression extrême
Cette recharge rapide n’est pas sans conséquences techniques. Pour préserver la sécurité des ouvrages et limiter les crues en aval, d’importants lâchers d’eau ont été opérés. Depuis septembre, les volumes évacués des barrages ayant atteint leur capacité maximale dépassent 4,2 milliards de m³.
Certains sites ont connu des épisodes particulièrement intenses. Le barrage Oued El Makhazine a enregistré plus de 1,46 milliard de m³ d’apports, dont l’essentiel en quelques semaines, avec un débit de pointe dépassant 3 000 m³ par seconde. Le barrage Al Wahda, le plus grand du pays, a reçu près de 3,5 milliards de m³ et frôle désormais les 95 % de remplissage, après une seule semaine ayant apporté plus d’un milliard de m³.
Des retombées positives pour l’économie hydrique
Au-delà de l’aspect spectaculaire des chiffres, cette situation représente un tournant stratégique. Les réserves actuelles devraient permettre d’assurer au moins une année d’approvisionnement pour les zones les plus vulnérables, et jusqu’à deux ans pour la majorité des réseaux.
La production d’énergie hydroélectrique bénéficie également de cette abondance, avec plus de 1,5 milliard de m³ mobilisés pour la génération électrique. Les lâchers d’eau ont en outre contribué à réduire l’envasement de certains ouvrages, un entretien rendu difficile durant les années de sécheresse.
Parallèlement, plusieurs nappes phréatiques montrent des signes de recharge, notamment dans les bassins du Sebou, de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia et du Loukkos, ce qui pourrait soulager la pression sur les ressources souterraines et soutenir la prochaine campagne agricole.
Des dégâts collatéraux sur le réseau routier
Si ces précipitations ont amélioré la situation hydrique, elles ont également fragilisé certaines infrastructures. Les intempéries ont endommagé 168 tronçons routiers à travers le pays. À ce stade, 124 sections ont été rouvertes, tandis que 44 restent impraticables.
Les régions les plus touchées incluent Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Souss-Massa, Casablanca-Settat, Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental. La majorité des coupures sont dues à la montée des eaux, tandis que d’autres résultent d’éboulements ou de glissements de terrain ayant parfois entraîné l’effondrement d’ouvrages d’art en milieu rural.
Un bilan définitif des dommages est attendu prochainement, alors que les opérations de rétablissement se poursuivent.
Un tournant hydrologique majeur
Cette séquence exceptionnelle marque un changement de trajectoire pour un pays confronté ces dernières années à un stress hydrique chronique. La rapidité de la recharge, la diversité des bassins concernés et le niveau atteint par les réserves confirment l’ampleur du phénomène.
Reste désormais à observer si cette dynamique s’inscrit dans la durée ou constitue un épisode ponctuel. Dans tous les cas, elle redonne une marge de manœuvre stratégique aux autorités pour la gestion de l’eau, de l’énergie et de l’agriculture.
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