Belgique : le gouvernement face à un défi budgétaire de 10 milliards d’euros
La rentrée politique s’annonce particulièrement délicate en Belgique. Le gouvernement fédéral doit désormais s’attaquer à l’un des dossiers les plus sensibles de la législature : la réduction du déficit public. D’ici 2029, l’exécutif entend dégager près de 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires afin de ramener le déficit de 5,2% à 4% du produit intérieur brut (PIB).
L’objectif s’inscrit dans le cadre des nouvelles règles budgétaires européennes, alors que la Belgique fait partie des États membres faisant l’objet d’une procédure pour déficit excessif. À terme, les règles européennes prévoient un déficit inférieur à 3% du PIB et une dette publique ne dépassant pas 60% du PIB.
Une échéance fixée au 13 octobre
Le gouvernement fédéral dispose de quelques semaines pour parvenir à un accord. Le 13 octobre constituera une date clé : le Premier ministre Bart De Wever doit alors présenter au Parlement fédéral son traditionnel discours de politique générale, donnant officiellement le coup d’envoi de la nouvelle année politique.
Avant cette échéance, un conclave budgétaire est attendu à la fin du mois de septembre. Les cinq formations qui composent la coalition — la N-VA, Vooruit, le CD&V, le Mouvement réformateur (MR) et Les Engagés — devront déterminer concrètement où réaliser les économies annoncées.
Si le principe d’un effort supplémentaire de 10 milliards d’euros fait désormais l’objet d’un accord au sein de la majorité, la répartition de cet effort reste largement disputée.
La coalition divisée sur les leviers à activer
Les divergences portent notamment sur la combinaison entre réduction des dépenses et augmentation des recettes.
Les Engagés, Vooruit et le CD&V défendent notamment une approche reposant sur un équilibre entre les deux leviers. Ces formations souhaitent également examiner l’efficacité de certaines niches fiscales afin d’identifier d’éventuelles marges de manœuvre.
Le MR se montre en revanche opposé à une nouvelle taxation des patrimoines financiers. Cette divergence illustre la difficulté de trouver une formule acceptable pour l’ensemble des partenaires de la coalition.
Plusieurs pistes sont actuellement évoquées, notamment des économies dans la sécurité sociale, une éventuelle modification du mécanisme d’indexation des salaires ou encore une augmentation de la TVA.
La dette impose d’accélérer
L’ampleur de l’effort ne découle pas uniquement des exigences européennes. La question de la dette publique et de son coût joue également un rôle déterminant.
À l’origine, l’exécutif avait envisagé un effort minimal de 7,7 milliards d’euros à réaliser d’ici la fin de la législature. Mais l’Agence fédérale de la dette a alerté sur le risque d’une forte augmentation des charges d’intérêts à partir de 2031.
Face à cette perspective, les partenaires gouvernementaux ont choisi d’avancer le calendrier et de réaliser plus rapidement les efforts nécessaires pour atteindre la norme de dépenses prévue.
Le travail et les prestations au cœur des tensions
Certaines mesures envisagées touchent directement aux revenus et au pouvoir d’achat des ménages. Le gouvernement pourrait notamment décider de repousser à 2030 un allègement fiscal sur le travail dont le coût est estimé à quatre milliards d’euros.
Une telle décision pourrait être accompagnée de nouvelles recettes provenant notamment de la consommation ou du patrimoine. Mais cette option reste loin de faire consensus au sein de la majorité.
Les mesures concernant la sécurité sociale et l’indexation des salaires figurent également parmi les dossiers les plus sensibles. Leur éventuelle mise en œuvre risque de provoquer d’importantes tensions politiques et sociales.
Bart De Wever prépare les esprits
Le Premier ministre Bart De Wever a déjà prévenu que les mesures destinées à réduire les dépenses publiques ne seraient pas sans conséquences politiques.
Le chef du gouvernement a reconnu que certaines décisions seraient impopulaires, tout en appelant les partenaires de la coalition à faire preuve de réalisme. Selon lui, l’enjeu consiste désormais à construire un compromis autour de mesures jugées soutenables sur le plan économique et budgétaire.
Cette recherche de compromis pourrait toutefois s’avérer complexe, chaque formation étant confrontée à ses propres priorités politiques et électorales.
L’opposition rejette les pistes touchant aux revenus
Face à la majorité, les principaux partis d’opposition contestent déjà certaines orientations envisagées. Ils refusent notamment les mesures susceptibles d’affecter directement les salaires et les pensions.
L’opposition préconise plutôt une hausse de la contribution des grandes fortunes et du secteur bancaire, ainsi qu’un réexamen de certaines aides accordées aux entreprises. La réduction des dépenses militaires fait également partie des pistes avancées par ces formations.
Un arbitrage décisif pour la coalition
Le gouvernement belge entre ainsi dans une phase où les choix budgétaires pourraient peser durablement sur l’équilibre de la coalition. L’objectif financier est clairement fixé, mais les moyens d’y parvenir restent à négocier.
Entre les exigences européennes, le risque lié à l’augmentation future du coût de la dette et les divergences idéologiques entre les cinq partis au pouvoir, le prochain conclave budgétaire s’annonce comme un moment déterminant.
L’enjeu dépassera d’ailleurs largement les seuls comptes publics. Les décisions prises dans les prochaines semaines pourraient toucher la fiscalité, les salaires, les pensions, la protection sociale et le pouvoir d’achat, faisant de ce dossier l’un des principaux tests politiques pour le gouvernement de Bart De Wever.
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