Birmanie : le parti pro-militaire revendique la victoire dans des élections vivement contestées
La scène politique birmane s’enfonce un peu plus dans la controverse. Lundi, le principal parti pro-militaire a revendiqué sa victoire aux élections législatives organisées par la junte, au terme d’un processus électoral largement dénoncé comme une opération destinée à consolider le pouvoir de l’armée plutôt qu’à restaurer une véritable transition démocratique.
Un responsable du Parti de l’union de la solidarité et du développement (PUSD) a affirmé que la formation disposait déjà d’une majorité suffisante pour former un nouveau gouvernement. « Nous sommes en position d’aller de l’avant », a-t-il déclaré, évoquant une victoire acquise avant même la publication des résultats officiels, attendus plus tard dans la semaine.
Ces élections doivent ouvrir la voie à la convocation des deux chambres du Parlement en mars, étape préalable à la désignation du président. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a laissé entendre qu’il pourrait abandonner son uniforme de commandant en chef pour briguer ce poste civil, illustrant la volonté de l’appareil militaire de se redéployer dans les institutions.
Un scrutin verrouillé en amont
Le PUSD avait déjà pris une large avance lors des deux premières phases du vote, organisées fin décembre et à la mi-janvier, raflant l’essentiel des sièges mis en jeu dans les deux chambres. À cette domination s’ajoute un facteur structurel majeur : la Constitution rédigée par l’armée garantit d’office un quart des sièges parlementaires aux forces militaires, assurant à l’institution un poids décisif, quel que soit le résultat des urnes.
Dans les rues de Rangoun, l’annonce de cette victoire autoproclamée suscite peu d’illusions. « Ils étaient à la fois candidats et arbitres », glisse un jeune habitant, sous couvert d’anonymat. « Presque personne ne fera confiance au gouvernement qu’ils vont former. » Pour de nombreux observateurs, le PUSD demeure avant tout le prolongement politique de la junte, dirigé par d’anciens officiers et aligné sur ses orientations.
Une légitimité fortement remise en cause
La junte, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021 qui a renversé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi, présente ces élections comme un retour progressif à l’ordre constitutionnel. Depuis un bureau de vote à Mandalay, Min Aung Hlaing a affirmé que le scrutin reflétait la volonté populaire. Un discours contredit par la réalité du terrain : de vastes zones du pays, contrôlées par des groupes rebelles ou des forces prodémocratie alliées à des mouvements armés issus de minorités ethniques, n’ont pas pu voter.
Par ailleurs, l’ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi, âgée de 80 ans, demeure emprisonnée et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, a été dissous. La plupart des formations autorisées à concourir sont considérées comme favorables à l’armée, renforçant l’idée d’un processus fermé, sans réelle compétition.
Cette configuration a provoqué une vague de critiques internationales. De nombreux gouvernements et organisations ont dénoncé un scrutin marqué par la répression des voix dissidentes et l’absence de pluralisme. Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Birmanie, Tom Andrews, a averti que toute reconnaissance de ces élections risquerait de « faire reculer la résolution véritable de la crise ».
Un pays toujours plongé dans le conflit
Cinq ans après la prise de pouvoir des militaires, la Birmanie reste engluée dans une guerre civile diffuse. Aucun bilan officiel n’existe, mais des organisations de suivi estiment que des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie. Sur le plan humanitaire, la situation est tout aussi préoccupante : selon les Nations unies, près de la moitié de la population, soit environ 50 millions de personnes, vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.
Dans ce contexte, la victoire revendiquée par le parti pro-militaire apparaît moins comme un tournant que comme la confirmation d’un système politique verrouillé. Un scrutin qui, loin d’apaiser le pays, risque au contraire de prolonger une crise profonde, politique, sociale et sécuritaire.
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