Blanchiment d’argent : plus de 200 millions de dirhams d’amendes prononcés par la justice marocaine en 2025
La justice marocaine poursuit le renforcement de son dispositif de lutte contre la criminalité financière. À l’occasion d’un colloque international organisé à Tanger, le président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), M’Hammed Abdenabaoui, a présenté un bilan faisant état d’une progression des résultats enregistrés en 2025 dans les affaires de blanchiment d’argent et de corruption.
Selon les données communiquées, les juridictions spécialisées dans les infractions financières ont rendu 449 décisions au cours de l’année. Ces jugements ont conduit à des sanctions financières, des confiscations de biens et des réparations civiles au profit de l’État ainsi que des parties lésées, pour un montant global de plusieurs milliards de dirhams.
En matière de blanchiment d’argent, les tribunaux compétents ont prononcé plus de 720 décisions concernant 1.496 personnes poursuivies. Les amendes infligées en première instance dépassent 200 millions de dirhams. Par ailleurs, le délai moyen de traitement des dossiers s’est établi à environ 110 jours, traduisant une volonté d’accélérer le traitement des affaires économiques complexes.
M’Hammed Abdenabaoui a souligné que ces résultats illustrent le renforcement de l’efficacité du système judiciaire face aux crimes financiers. Il a rappelé que la confiscation des profits issus d’activités illicites constitue l’un des moyens les plus efficaces pour lutter durablement contre la criminalité organisée.
Le responsable a également insisté sur le rôle central de la justice dans la prévention et la répression de la corruption. Outre les poursuites pénales, les juridictions interviennent dans le contrôle des marchés publics, le règlement des litiges commerciaux ainsi que dans la coopération judiciaire internationale, notamment lorsqu’il s’agit d’affaires impliquant plusieurs pays.
Le CSPJ poursuit également ses efforts en matière de formation continue des magistrats afin de renforcer leur expertise dans les domaines de la corruption, de la transparence et de la gouvernance. Cette démarche vise à améliorer la qualité des décisions judiciaires tout en consolidant la confiance des citoyens et des acteurs économiques dans l’institution judiciaire.
Les réformes engagées portent aussi sur la modernisation du fonctionnement des tribunaux, avec une simplification des procédures, une plus grande transparence et un traitement plus rapide des contentieux, dans le respect des principes d’indépendance de la justice et du procès équitable.
Lors de son intervention, le président délégué du CSPJ a évoqué les évolutions du droit pénal économique au niveau international. Il a expliqué que plusieurs pays ont adopté des législations à portée extraterritoriale pour lutter contre la corruption, ce qui soulève de nouveaux défis liés à la souveraineté des États, aux conflits de compétence, à la collecte des preuves à l’étranger et à la protection des données.
Dans ce contexte, il a indiqué que la justice marocaine suit de près les expériences internationales afin d’adapter les meilleures pratiques au cadre juridique national. Il a toutefois précisé que l’objectif est de construire un modèle marocain tenant compte des spécificités du pays plutôt que de reproduire des dispositifs étrangers.
Enfin, M’Hammed Abdenabaoui a invité les entreprises marocaines, notamment celles actives sur les marchés internationaux, à renforcer leurs mécanismes de conformité. Il a recommandé la mise en place de cartographies des risques, de codes de conduite, de programmes de formation, de dispositifs de contrôle des partenaires et de systèmes sécurisés de signalement afin de prévenir les risques de corruption et de blanchiment d’argent.
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