Casablanca investit 1,5 milliard de dollars dans une usine de valorisation énergétique des déchets
Casablanca franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transition environnementale avec un ambitieux projet de valorisation énergétique des déchets. La métropole prévoit la construction d'une usine de nouvelle génération représentant un investissement estimé à 1,5 milliard de dollars. Si les conditions de financement sont réunies, les travaux devraient débuter avant la fin de l'année 2026, tandis que la mise en exploitation complète de l'installation est envisagée à l'horizon de la mi-2030.
Ce projet figure parmi les plus importants investissements consacrés à la gestion des déchets au Maroc et ambitionne de répondre simultanément aux enjeux de traitement des déchets ménagers, de production d'électricité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Un consortium international aux commandes
La réalisation de l'infrastructure sera assurée par un consortium mené par Kanadevia Inova, groupe spécialisé dans les solutions de valorisation des déchets et les infrastructures énergétiques. L'opération associe également Nareva ainsi que le groupe japonais Itochu. Les partenaires ont conclu un contrat de concession avec la municipalité de Casablanca afin d'assurer la conception, la construction et l'exploitation du futur site.
La construction de l'installation sera confiée à l'entreprise marocaine Somagec, dont les travaux devraient s'étendre sur environ trois ans et demi.
Une capacité de traitement parmi les plus importantes du continent
Le futur complexe sera implanté à proximité de la décharge de Médiouna, principal site d'enfouissement de la région. L'usine sera dimensionnée pour traiter près de 1,5 million de tonnes de déchets par an.
Grâce à un procédé combinant la valorisation énergétique des déchets, l'exploitation du biogaz issu de la décharge ainsi que l'intégration d'énergie solaire, le site devrait produire environ 115 mégawatts d'électricité. Cette capacité permettrait d'alimenter près d'un million d'habitants en énergie.
Selon le calendrier prévisionnel, certaines activités de traitement des déchets et de production électrique pourraient démarrer plusieurs mois avant la livraison complète des installations.
Un levier pour réduire l'impact environnemental de Médiouna
Le projet vise également à répondre aux problématiques environnementales associées à la décharge de Médiouna, régulièrement pointée du doigt pour les nuisances qu'elle génère. Depuis plusieurs décennies, le site est confronté à des émissions de méthane, à des odeurs persistantes ainsi qu'à des risques de pollution affectant les terrains environnants.
Les promoteurs estiment que la future usine contribuera à capter une partie importante des émissions de gaz issues des déchets enfouis, réduisant ainsi leur impact sur le climat. Les estimations avancées par le consortium évoquent une diminution significative des émissions de gaz à effet de serre grâce à la valorisation énergétique des déchets plutôt qu'à leur simple enfouissement.
Un financement principalement porté par les acteurs marocains
Le modèle financier repose sur un financement bancaire local complété par les fonds propres des partenaires industriels. En parallèle, un contrat d'achat d'électricité a été conclu avec l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), garantissant la commercialisation de l'énergie produite par l'installation.
Ce mécanisme doit contribuer à sécuriser la rentabilité économique du projet tout en renforçant la production d'électricité à partir de sources alternatives.
Un projet stratégique qui suscite aussi des interrogations
À son entrée en service, l'installation devrait devenir la deuxième usine de valorisation énergétique des déchets de cette envergure en Afrique, illustrant la montée en puissance du Maroc dans le développement d'infrastructures dédiées à l'économie circulaire.
Le projet ne fait toutefois pas l'unanimité. Plusieurs chercheurs, associations environnementales et organisations engagées dans la lutte contre le changement climatique rappellent que les unités de valorisation énergétique doivent s'inscrire dans une stratégie globale de gestion des déchets. Selon eux, ces infrastructures ne doivent pas freiner le développement du tri à la source, du recyclage ou de la réduction des déchets. Ils soulignent également la nécessité d'appliquer des normes environnementales strictes afin de limiter les émissions atmosphériques et de garantir un suivi permanent de la qualité de l'air.
L'usine de Casablanca apparaît ainsi comme un projet structurant pour la métropole, à la croisée des enjeux énergétiques, environnementaux et industriels. Son succès dépendra autant de ses performances techniques que de sa capacité à s'intégrer dans une politique globale favorisant une gestion durable des déchets.
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