Chantier naval de Casablanca : une compétition internationale s’intensifie pour la concession du futur complexe
La course à l’exploitation du futur chantier naval de Casablanca entre dans une phase décisive. À quelques semaines de la décision attendue au début du mois d’août, les principaux candidats ont renforcé leurs alliances afin d’augmenter leurs chances d’obtenir la concession de ce projet stratégique, considéré comme l’un des plus importants investissements portuaires du Maroc dans le secteur naval.
Sous la supervision de l’Agence nationale des ports (ANP), la compétition oppose désormais deux consortiums internationaux réunissant des acteurs majeurs de la construction navale, des infrastructures maritimes et des investissements industriels.
L’arrivée du groupe chinois Ningbo Xinle a profondément modifié la configuration de la concurrence. Face à cette candidature, HD Hyundai Heavy Industries et Kuzey Star Shipyard, initialement concurrents, ont choisi de s’associer au groupe marocain Somagec afin de présenter une offre commune. Une troisième candidature italienne figure également parmi les finalistes, même si les détails de son consortium restent limités.
En face, l’alliance menée par Ningbo Xinle réunit également Radi Holding, acteur économique marocain, ainsi que l’entreprise espagnole Marina Meridional, spécialisée dans la construction, la réparation et la transformation de navires.
Un chantier naval de nouvelle génération
Le futur chantier naval de Casablanca sera développé sur une superficie d’environ 21 hectares. Le projet comprend une cale sèche de 244 mètres de longueur et 40 mètres de largeur, une plateforme capable de soulever des navires jusqu’à 9 000 tonnes, un bassin équipé d’un portique de 450 tonnes ainsi que près de 820 mètres de quais.
La concession porte sur une durée de 30 ans et couvre l’ensemble des activités liées au financement, à l’aménagement, à l’équipement, à l’exploitation, à la maintenance et à la gestion technique du site.
Le coût global du complexe est estimé à plus de 300 millions de dollars, sans que cette estimation ne corresponde au montant proposé par un candidat en particulier.
Deux alliances aux profils complémentaires
Le consortium composé de HD Hyundai Heavy Industries, Kuzey Star Shipyard et Somagec mise sur la complémentarité de ses compétences.
Le constructeur sud-coréen HD Hyundai figure parmi les leaders mondiaux de la construction navale. Fort de plusieurs décennies d’expérience, il dispose d'importantes capacités industrielles et a livré plusieurs milliers de navires destinés au transport de conteneurs, de gaz naturel liquéfié, de pétrole ainsi qu'à d'autres usages spécialisés.
Le chantier turc Kuzey Star apporte son expertise dans la réparation, la maintenance, la modernisation et la conversion des navires, tandis que Somagec renforce le consortium grâce à son expérience dans les ouvrages portuaires, maritimes et hydrauliques réalisés au Maroc.
Le groupement concurrent s'appuie, quant à lui, sur le savoir-faire industriel de Ningbo Xinle, l'ancrage local de Radi Holding et l'expérience de Marina Meridional dans les activités de construction et de réparation navales en Espagne.
Un projet stratégique pour l’économie maritime marocaine
Le futur chantier naval devrait permettre au Maroc de renforcer son positionnement comme plateforme régionale de services maritimes entre l'Europe, la Méditerranée, l'Atlantique et l'Afrique de l'Ouest.
Grâce à ses infrastructures modernes, le site pourra accueillir des opérations de construction, de maintenance, de réparation et de transformation de navires, tout en offrant une alternative aux installations du sud de l'Europe, souvent fortement sollicitées.
Le projet s'inscrit également dans la stratégie nationale de développement de la marine marchande. Les orientations présentées lors des Assises nationales de 2026 prévoient la constitution d'un premier noyau d'une vingtaine de nouveaux navires d'ici 2030, dont au moins huit détenus en propriété. Cet objectif représente un investissement estimé à 3,4 milliards de dirhams, avec un chiffre d'affaires annuel potentiel de 3,6 milliards de dirhams. À plus long terme, le Maroc ambitionne de disposer d'une flotte d'environ 100 navires à l'horizon 2040.
Une décision très attendue
L'attribution de cette concession déterminera non seulement le futur exploitant du chantier naval de Casablanca, mais aussi les orientations industrielles du secteur maritime marocain pour les prochaines décennies. Au-delà des infrastructures, les enjeux concernent le développement d'un écosystème national capable de créer des emplois qualifiés, de renforcer les compétences des ingénieurs et techniciens marocains et d'intégrer davantage les fournisseurs locaux dans la chaîne de valeur de la construction navale.
La décision finale, attendue au début du mois d'août, devrait désigner le consortium chargé de piloter ce projet stratégique pendant les trente prochaines années.
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