Colis étrangers : la France instaure une taxe de 2 euros pour encadrer le commerce en ligne
Le gouvernement français s’apprête à instaurer une nouvelle taxe de deux euros sur les colis de faible valeur expédiés depuis l’extérieur de l’Union européenne. Cette mesure, intégrée au projet de loi de finances 2026, vise à réguler l’afflux massif de petits paquets issus du commerce en ligne international, en particulier ceux provenant de plateformes chinoises comme Shein ou Temu, qui inondent le marché de produits à très bas prix.
Présentée comme des « frais de gestion douanière », cette taxe s’inscrit dans une logique de protection du commerce local et de régulation environnementale. Les autorités françaises veulent freiner un modèle de consommation basé sur l’achat impulsif d’articles à faible coût et à durée de vie courte, souvent importés par millions chaque année. Selon le ministère de l’Économie, 775 millions d’articles ont été introduits sur le territoire français en 2024 via la procédure douanière simplifiée dite « H7 », qui concerne les produits d’une valeur inférieure à 150 euros.
Pour l’avocat en droit douanier Jean-Marie Salva, cette taxe est une réponse pragmatique à un déséquilibre croissant entre les plateformes étrangères et les commerçants européens. Ces deux euros par colis pourraient générer des recettes importantes pour l’État, mais surtout rétablir une forme d’équité économique. L’expert souligne toutefois que cette mesure aura un coût logistique considérable pour les douanes, qui devront adapter leur organisation afin de traiter le volume colossal de colis concernés. Des entrepôts spécifiques et des procédures accélérées devront être mis en place pour éviter la saturation des circuits de dédouanement traditionnels.
Reste la question essentielle : qui paiera réellement cette taxe ? Si les plateformes affirment pouvoir absorber une partie du coût, il est probable qu’il soit en partie répercuté sur le consommateur final, directement ou indirectement. Une telle mesure pourrait donc affecter le modèle économique ultra-compétitif de ces géants du e-commerce, fondé sur des marges faibles et des prix cassés.
Le gouvernement présente cette taxe comme une mesure transitoire, en attendant la mise en place d’une réforme plus globale au niveau de l’Union européenne. Bruxelles travaille en effet à l’élaboration d’un système douanier commun qui harmoniserait la taxation des petits envois importés depuis des pays tiers. Mais ce dispositif ne devrait pas entrer en vigueur avant plusieurs années. D’ici là, la France entend agir seule pour endiguer le flot croissant de colis étrangers qui transitent chaque jour par ses plateformes postales et logistiques.
Certains responsables politiques jugent cependant cette taxe trop timide. Le député Philippe Juvin (LR) a notamment proposé une taxe de 50 euros par colis, estimant qu’il s’agit d’un signal trop faible pour décourager les importations massives à bas coût. Une idée que les spécialistes jugent difficilement applicable, tant pour des raisons économiques que juridiques. Une taxe nationale trop élevée risquerait en effet de violer les principes de l’union douanière européenne.
Enfin, plusieurs experts alertent sur un autre risque : celui du “dumping douanier”. Les plateformes étrangères pourraient contourner la taxe française en dédouanant leurs produits dans un autre pays européen avant de les réacheminer en France, profitant de la libre circulation des biens au sein de l’UE. Ce scénario reste toutefois coûteux en logistique et ne constituerait qu’une solution partielle.
Cette décision marque un tournant dans la politique commerciale française. En ciblant les micro-importations, Paris veut affirmer sa volonté de reprendre le contrôle sur le commerce en ligne international, souvent perçu comme échappant aux règles fiscales et environnementales communes. La taxe de deux euros, bien que symbolique, s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de rééquilibrage entre les acteurs mondiaux du e-commerce et les circuits économiques nationaux.
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