Compléments alimentaires : la filière marocaine conteste un projet de monopole au profit des pharmacies
La réforme envisagée de la loi encadrant le secteur pharmaceutique suscite une vive réaction parmi les professionnels des compléments alimentaires au Maroc. Regroupés au sein de la Coalition des entreprises du secteur des compléments alimentaires, plusieurs acteurs économiques demandent aux pouvoirs publics de revoir une modification législative qui pourrait, selon eux, bouleverser l’équilibre du marché.
Au cœur du débat figure l’amendement de l’article 30 de la loi n° 17-04 relative au médicament et à la pharmacie. Adoptée par la Chambre des représentants et actuellement soumise à l’examen de la Chambre des conseillers, cette modification prévoit de réserver aux pharmacies la commercialisation des compléments alimentaires considérés comme ayant un effet thérapeutique.
Un secteur mobilisé contre une exclusivité de vente
Dans un communiqué, la Coalition affirme que cette disposition instaurerait une forme d’exclusivité au bénéfice des pharmacies, ce qui risquerait de limiter la concurrence au sein d’un marché déjà soumis à un cadre réglementaire spécifique.
Selon les représentants du secteur, cette mobilisation rassemble dix associations professionnelles ainsi que plus de 150 entreprises marocaines, dont plusieurs laboratoires spécialisés dans la fabrication de compléments alimentaires. Ils estiment que la mesure pourrait avoir des répercussions importantes sur l’ensemble de la chaîne de valeur, touchant plusieurs milliers d’entreprises et mettant en danger des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects.
Des inquiétudes pour les consommateurs
Les professionnels redoutent également des conséquences pour les consommateurs. La concentration de la distribution dans un seul circuit commercial pourrait, selon eux, réduire la diversité de l’offre disponible et entraîner une augmentation des prix.
La Coalition souligne en outre qu’aucune consultation approfondie n’aurait été menée avec les différents acteurs concernés par cette réforme. Fabricants, importateurs, distributeurs, opérateurs du commerce électronique, parapharmacies et commerces spécialisés regrettent de ne pas avoir été suffisamment associés aux discussions.
Les compléments alimentaires distingués des médicaments
Les représentants du secteur rappellent que les compléments alimentaires ne sont pas assimilés à des médicaments. Leur vocation principale est de compléter l’alimentation en apportant des nutriments ou des substances spécifiques.
Ils soulignent que ces produits relèvent déjà de la loi n° 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires et qu’ils sont soumis au contrôle de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), chargé notamment de veiller à leur conformité et à la protection des consommateurs.
La question de l’« effet thérapeutique »
L’un des principaux points de désaccord concerne la définition de la notion d’« effet thérapeutique ». La Coalition estime qu’aucune définition scientifique suffisamment précise n’a été présentée à ce jour.
Les professionnels font valoir que les dosages autorisés au Maroc pour certaines vitamines, substances et minéraux restent inférieurs à ceux pratiqués dans plusieurs marchés internationaux, notamment en Europe et aux États-Unis. Ils considèrent donc indispensable d’établir des critères scientifiques clairs avant toute modification des règles de commercialisation.
Par ailleurs, les acteurs du secteur affirment qu’aucune étude n’a démontré l’existence d’un risque sanitaire généralisé qui justifierait l’instauration d’une exclusivité de vente au profit des pharmacies.
Un appel à une réglementation équilibrée
Pour Badr Bouarich, porte-parole de la Coalition et dirigeant d’un laboratoire spécialisé, l’encadrement du secteur est nécessaire, mais il ne doit pas se traduire par une restriction excessive de la concurrence.
Les membres de la Coalition rappellent que dans de nombreux pays, les compléments alimentaires sont vendus à travers plusieurs canaux de distribution, notamment les pharmacies, les parapharmacies, les grandes surfaces, les magasins spécialisés et les plateformes de commerce en ligne.
Ils plaident ainsi pour une approche réglementaire fondée sur l’évaluation des risques, la transparence et la protection du consommateur, tout en préservant l’investissement, l’innovation, l’emploi et la liberté de concurrence.
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