Covid-19 : le BMJ maintient une alerte sur une étude controversée consacrée à la surmortalité
Une étude publiée en 2024 dans BMJ Public Health sur l’évolution de la surmortalité dans les pays occidentaux continue de faire l’objet d’une controverse scientifique. La revue a publié une expression of concern, signalant des interrogations sur la qualité du travail et sur la manière dont ses résultats ont été interprétés et relayés.
L’étude, signée par Saskia Mostert et trois autres chercheurs, analysait la surmortalité enregistrée dans 47 pays entre 2020 et 2022 à partir de données issues notamment de la base Our World in Data. Les auteurs estimaient à plus de trois millions le nombre de décès excédentaires enregistrés sur cette période.
Une publication rapidement controversée
Quelques jours après sa publication, l’étude a suscité de nombreuses réactions en raison de la manière dont certaines de ses conclusions ont été reprises dans le débat public.
Des publications et comptes favorables aux thèses vaccinosceptiques ont notamment présenté le travail comme une preuve d’un lien entre les vaccins contre le Covid-19 et l’augmentation de la mortalité.
Le BMJ a cependant explicitement rejeté cette interprétation. La revue souligne que les chercheurs ont étudié l’évolution de la surmortalité dans le temps et non ses causes. Selon le BMJ, l’étude ne permet donc pas d’établir que la vaccination contre le Covid-19 aurait provoqué ou constitué une cause majeure des décès supplémentaires.
Une enquête sur la qualité scientifique
Face aux critiques, le BMJ a lancé un examen de la qualité du travail et de son message scientifique. Une procédure d’alerte a été ajoutée à la publication afin d’informer les lecteurs des problèmes soulevés.
Le Princess Máxima Center, qui figurait comme affiliation pour trois des quatre auteurs, a lui aussi mené une enquête interne. Dans ses conclusions, publiées en novembre 2024, le centre indique que le processus de publication n’avait pas entièrement respecté les normes et attentes applicables en matière de recherche scientifique.
L'enquête n'a toutefois pas conclu à une violation de l’intégrité scientifique par les chercheurs concernés et n’a relevé ni intention frauduleuse, ni falsification des données, ni plagiat de leur part.
Les auteurs avaient demandé une rétractation
Un élément important distingue cette affaire d’un retrait décidé unilatéralement par la revue. Selon le Princess Máxima Center, les auteurs ont demandé à BMJ Public Health de rétracter l’article, estimant que ses résultats risquaient d’être mal interprétés et de contribuer à une baisse de la confiance dans la vaccination.
Le centre précisait toutefois dans son rapport que l’article n’avait pas encore été rétracté par la revue à cette date. Les informations actuellement disponibles sur BMJ Public Health continuent par ailleurs de présenter l’étude avec l’alerte éditoriale correspondante.
Ce que l’étude établissait réellement
L’étude portait sur une question réelle de santé publique : la différence entre le nombre de décès observés et le nombre de décès qui aurait été attendu en l’absence de la crise sanitaire.
Les chercheurs estimaient que la surmortalité avait concerné une majorité des 47 pays étudiés entre 2020 et 2022. Leur analyse indiquait notamment une surmortalité estimée à environ 1,03 million de décès en 2020, 1,26 million en 2021 et 808.000 en 2022.
Mais ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d'identifier les causes individuelles ou combinées de ces décès. C’est précisément l’un des points soulignés par le BMJ dans son avertissement aux lecteurs.
Une controverse qui dépasse la seule étude
La polémique autour de cette publication illustre les difficultés liées à l’interprétation des données de mortalité pendant et après une crise sanitaire mondiale.
La surmortalité est un indicateur statistique qui permet de mesurer un écart par rapport à une mortalité attendue, mais son interprétation nécessite de prendre en compte plusieurs facteurs. Elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve de causalité.
Le débat autour de l’étude Mostert et al. a ainsi conduit à distinguer deux questions : d’une part, l’existence et l’ampleur de la surmortalité observée pendant la pandémie ; d’autre part, l’identification de ses causes.
Une mise au point nécessaire sur les vaccins
Le BMJ rappelle que l’étude ne démontre pas que les vaccins contre le Covid-19 seraient responsables de la surmortalité. La revue souligne au contraire que les vaccins ont joué un rôle dans la réduction des formes graves et des décès liés à l’infection par le SARS-CoV-2.
La Commission européenne a également relevé, dans une réponse publiée en octobre 2024, que l’étude ne démontrait aucun lien causal direct entre vaccination et mortalité et que ses auteurs avaient analysé des tendances de surmortalité plutôt que leurs causes.
L’affaire constitue donc surtout un rappel sur la nécessité de replacer les résultats scientifiques dans leur contexte méthodologique et d’éviter de transformer une association statistique ou une interrogation scientifique en conclusion causale.
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