Crise au Moyen-Orient : l’OIT alerte sur un choc mondial pour l’emploi et les revenus
La dégradation de la situation géopolitique au Moyen-Orient pourrait avoir des conséquences profondes sur les marchés du travail à l’échelle mondiale. Dans un nouveau rapport publié lundi, Organisation internationale du travail met en garde contre une montée des risques pesant sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail, particulièrement dans les économies dépendantes des importations énergétiques, des migrations professionnelles et des transferts de fonds.
Selon l’organisation, les effets économiques de la crise commencent déjà à se faire sentir dans plusieurs régions du monde, avec des impacts différenciés selon les niveaux d’exposition des économies concernées. L’OIT estime toutefois qu’une aggravation du conflit pourrait accentuer fortement les perturbations sur le marché du travail mondial.
Le Moyen-Orient apparaît comme la région la plus vulnérable face à une éventuelle escalade. Le rapport évoque un recul durable du volume d’heures travaillées, pouvant atteindre 10,2 % dans le scénario le plus défavorable. Une contraction qui dépasserait largement celle enregistrée pendant la pandémie de Covid-19 en 2020.
Cette pression touche particulièrement les secteurs les plus sensibles aux fluctuations économiques et énergétiques, notamment la construction, l’industrie manufacturière, les transports, le commerce et l’hôtellerie. L’OIT souligne également que les travailleurs migrants risquent d’être les premiers affectés par les ajustements opérés sur les marchés de l’emploi régionaux.
En Asie et dans le Pacifique, les effets indirects de la crise se multiplient déjà à travers la dépendance énergétique et les liens économiques étroits entretenus avec les pays du Golfe. Le rapport prévoit une baisse progressive des heures de travail dans la région à partir de 2026, accompagnée d’un recul des revenus réels des travailleurs.
Les économies fortement dépendantes du tourisme, des exportations et des migrations de travail apparaissent particulièrement exposées. Plusieurs secteurs stratégiques, dont l’agriculture, les transports, l’industrie manufacturière et la construction, pourraient subir un ralentissement durable si les tensions régionales persistent.
L’organisation onusienne attire également l’attention sur les conséquences sociales liées au recul des migrations professionnelles et des transferts financiers envoyés par les travailleurs expatriés. Dans plusieurs pays d’Asie du Sud et du Sud-Est, ces revenus constituent une source essentielle de soutien pour des millions de ménages.
Depuis le début de la crise, les recrutements à destination des pays du Conseil de coopération du Golfe connaissent déjà un ralentissement marqué dans plusieurs États fournisseurs de main-d’œuvre. Les perturbations du transport aérien, les préoccupations sécuritaires et le tassement de certains secteurs économiques contribuent à accentuer cette tendance.
L’OIT observe parallèlement les premiers signes de contraction des transferts de fonds dans certains pays concernés. Une situation qui pourrait fragiliser davantage la consommation intérieure, accroître les niveaux de pauvreté et peser sur l’emploi local dans les économies dépendantes de ces revenus extérieurs.
Face à cette situation, l’organisation estime que les réponses publiques engagées jusqu’à présent demeurent insuffisantes et souvent limitées à des mesures temporaires. Plusieurs gouvernements ont principalement privilégié des dispositifs d’urgence comme les aides énergétiques, les soutiens financiers aux entreprises ou certaines mesures administratives en faveur des travailleurs migrants.
L’OIT appelle ainsi à une approche plus structurée centrée sur la préservation de l’emploi et des revenus. L’organisation recommande notamment de renforcer la protection des travailleurs de l’économie informelle, des migrants, des réfugiés et des petites entreprises afin d’éviter qu’une crise énergétique conjoncturelle ne provoque une détérioration durable des conditions de travail à l’échelle mondiale.
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