Crise énergétique : le G7 tente de coordonner sa réponse face à la flambée des prix du gazole
Les dirigeants du G7 se sont réunis en visioconférence vendredi, sous la présidence d’Emmanuel Macron, pour examiner les moyens de faire face à la hausse des prix des carburants. Au cœur des discussions : la possibilité de mobiliser les réserves stratégiques et les tensions entre Washington et Bruxelles sur la répartition des efforts, alors que les marchés énergétiques subissent les conséquences des conflits géopolitiques.
Washington réclame une mobilisation accrue des réserves européennes
La réunion, lancée à 14h30, heure de Paris, s’inscrit dans un contexte de forte tension sur l’approvisionnement mondial en gazole. Les autorités américaines demandent aux pays européens d’accélérer le recours à leurs stocks d’urgence afin d’augmenter les volumes disponibles sur le marché. Selon les informations rapportées, Washington envisagerait également de restreindre les exportations de carburants vers l’Union européenne si cette demande n’était pas satisfaite.
Une telle mesure suscite de vives inquiétudes à Bruxelles. Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne, a averti qu’une interdiction des exportations américaines risquerait d’affaiblir la confiance de l’Union dans les États-Unis en tant que partenaire fiable.
L’UE se dit néanmoins disposée à envisager une réponse collective avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE), notamment sur l’utilisation éventuelle des réserves stratégiques nationales.
L’Europe divisée sur le rythme des mesures à prendre
Les échanges se sont multipliés vendredi au sein des institutions européennes. Des experts représentant les Vingt-Sept se sont réunis dans la matinée pour examiner plusieurs options, dont une proposition française visant à puiser dans les stocks stratégiques. Des diplomates des États membres devaient également se retrouver dans l’après-midi afin de faire le point sur la situation.
Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump dans la nuit de jeudi à vendredi. Selon l’Élysée, le président français a insisté sur l’intérêt commun des membres du G7 à agir de manière concertée, sans instaurer de restrictions aux exportations.
L’Allemagne a également plaidé pour des solutions coordonnées, afin d’éviter d’aggraver les perturbations sur les marchés.
De son côté, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, estime que les engagements européens doivent être concrétisés plus rapidement. Dans un message publié sur le réseau social X, il a appelé les partenaires européens à libérer immédiatement des volumes supplémentaires pour répondre aux difficultés actuelles d’approvisionnement.
En mars dernier, les membres de l’AIE, dont les pays de l’Union européenne, avaient annoncé la mise à disposition progressive de 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques. Selon les informations fournies, une partie de ces volumes n’avait pas encore été mise sur le marché.
Les approvisionnements sous pression sur fond de tensions géopolitiques
Les difficultés du marché du gazole sont liées à plusieurs facteurs internationaux. Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques russes et le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran pèsent sur la production et la circulation des produits pétroliers. Ces perturbations persistent alors même que les raffineries situées dans d’autres régions fonctionnent à plein régime pour transformer le pétrole brut en carburants.
La dépendance européenne aux importations américaines accentue les inquiétudes. Selon les données rapportées, les États-Unis fournissent environ 50 % du gazole importé par les pays de l’Union européenne. Une interruption de ces approvisionnements aurait donc des conséquences importantes pour le marché européen.
Des prix records en Europe et aux États-Unis
La tension énergétique se répercute directement sur les consommateurs et les entreprises. Dans l’Union européenne, le prix moyen hebdomadaire du gazole à la pompe a atteint un niveau inédit de 2,24 euros le litre.
Aux États-Unis, le prix du carburant a également atteint un sommet à la fin du mois de septembre, à 6,53 dollars le gallon, soit environ 3,78 litres.
La hausse des coûts énergétiques contribue par ailleurs à l’accélération de l’inflation dans la zone euro. Celle-ci s’est établie à 3,8 % en septembre, selon les chiffres cités dans les informations fournies, atteignant son niveau le plus élevé depuis trois ans.
Aux États-Unis, Scott Bessent a souligné que les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises ne devraient pas supporter seuls les conséquences d’une pénurie mondiale de gazole. Cette prise de position intervient à quelques semaines des élections législatives de mi-mandat, prévues début novembre.
La réglementation sur le méthane également en débat
Les tensions énergétiques influencent aussi les discussions sur la politique environnementale européenne. Mardi, la Commission européenne avait proposé de reporter d’un an l’application de sa législation sur les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Le texte était contesté par les États-Unis, et cette perspective de report a suscité des critiques de la part d’organisations environnementales.
Ce dossier illustre les arbitrages auxquels les autorités européennes sont confrontées : sécuriser les approvisionnements énergétiques tout en maintenant leurs objectifs de réduction des émissions polluantes.
Les professionnels confrontés à la hausse des coûts
Au Royaume-Uni, les répercussions de la flambée des prix se font également sentir dans les activités dépendantes du carburant. À Newhaven, l’éleveur laitier Keith Blackshaw a expliqué à l’Agence France-Presse que l’augmentation des dépenses énergétiques réduisait ses revenus. Il a appelé à une solution et exprimé le souhait de voir Donald Trump apporter davantage de soutien aux partenaires européens.
Alors que le G7 cherche une réponse commune, les discussions portent autant sur la disponibilité des carburants que sur la répartition des efforts entre alliés. La capacité des États à coordonner l’utilisation de leurs réserves et à préserver les flux commerciaux pourrait peser sur l’évolution du marché dans les prochaines semaines.
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