Crise politique en Bulgarie : la démission du gouvernement fragilise l’entrée dans la zone euro
La Bulgarie traverse une crise politique majeure à seulement trois semaines de son entrée officielle dans la zone euro. Jeudi, le premier ministre Rossen Jeliazkov a annoncé la démission de son gouvernement, après une nouvelle mobilisation massive contre la corruption et à l’heure où le pays le plus pauvre de l’Union européenne s’apprête à adopter la monnaie unique le 1ᵉʳ janvier.
Cette décision intervient au lendemain d’un vaste mouvement de protestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Sofia et dans plusieurs autres villes bulgares. Un vent de colère alimenté par le sentiment d’une corruption généralisée au sein de l’appareil d’État, d’une perte de confiance dans les institutions et de la crainte d’une flambée des prix liée au passage à l’euro.
Au centre des critiques figure la tentative controversée du gouvernement, fin novembre, de faire adopter en urgence le budget 2026, premier budget intégralement rédigé en euros. Cette démarche a été perçue comme un moyen de masquer de possibles détournements de fonds derrière une hausse des impôts et des cotisations sociales. Sous la pression populaire, l’exécutif avait fini par retirer le texte le 3 décembre, sans toutefois parvenir à apaiser la contestation.
« Je suis ici parce que la corruption est partout », confie Gergana Gelkova, 24 ans, venue manifester mercredi soir. La jeune femme résume un malaise profond : celui d’une génération qui se sent poussée à l’exil, faute de perspectives.
Depuis janvier, Rossen Jeliazkov dirigeait un gouvernement fragile, fruit d’un compromis entre les conservateurs du GERB et trois autres formations politiques, après sept élections organisées en moins de quatre ans. Tensions internes, défiance généralisée et absence de majorité durable avaient déjà fragilisé l’exécutif.
D’après les derniers sondages, plus de 70 % des Bulgares soutiennent les manifestations. Un chiffre qui confirme l’ampleur d’un mouvement inédit depuis plusieurs années et qui complique toute tentative de stabilisation politique.
La démission du gouvernement ne remet toutefois pas en cause l’introduction de l’euro, selon les spécialistes. « Les institutions directement impliquées dans le processus, comme la Banque nationale bulgare, sont indépendantes », explique l’économiste Petar Ganev. Cependant, il prévient : « Le moindre incident lié au changement de monnaie – hausse de prix, distributeur en panne – deviendra immédiatement un sujet politique. »
Dès vendredi, le Parlement devra entériner la démission. Le président Roumen Radev devra ensuite confier un mandat de formation de gouvernement, mais les principaux partis ayant exclu toute alliance, des élections anticipées semblent inévitables. Elles devraient avoir lieu dans les deux mois. Le chef de l’État a d’ailleurs laissé entendre qu’il pourrait créer son propre parti, une initiative qui pourrait bouleverser davantage le paysage politique.
Dans un climat de défiance généralisée et à la veille d’un tournant économique majeur, la Bulgarie entre dans une période d’incertitude politique qui pourrait redéfinir ses équilibres internes pour les années à venir.
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