Décrochage scolaire : le PCNS alerte sur l’avenir des Écoles de la Deuxième Chance au Maroc
Le décrochage scolaire continue de représenter l’un des principaux défis du système éducatif marocain. Chaque année, près de 300.000 élèves quittent prématurément les bancs de l’école, alimentant le phénomène des jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation). Dans sa dernière note de politique publique, le Policy Center for the New South (PCNS) estime que, malgré les résultats encourageants enregistrés par les Écoles de la Deuxième Chance Nouvelle Génération (E2C-NG), leur développement reste freiné par des contraintes financières et institutionnelles.
Selon cette analyse, rédigée par Aomar Ibourk et Karim El Aynaoui, le Maroc compte aujourd’hui près de 1,7 million de jeunes âgés de 15 à 24 ans en situation de NEET, soit 29,3 % de cette tranche d’âge. Cette situation découle en grande partie de la persistance du décrochage scolaire, particulièrement marqué au collège, considéré comme l’étape la plus vulnérable du parcours éducatif, notamment dans les zones rurales.
Alors que le taux d’abandon reste limité à 1,5 % dans l’enseignement primaire, il atteint 8,5 % au collège avant de s’établir à 7,4 % au lycée. Le ministère de l’Éducation nationale estime par ailleurs qu’entre 5 % et 10 % des élèves nécessitent des dispositifs pédagogiques alternatifs, mieux adaptés à leurs besoins et à leurs rythmes d’apprentissage.
Pour répondre à cette problématique, le Maroc a progressivement développé le modèle des Écoles de la Deuxième Chance, inscrit dans la Vision Royale, la loi-cadre 51.17 ainsi que dans la Feuille de route 2022-2026 de l’éducation nationale. Ce dispositif privilégie une approche centrée sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes plutôt qu’un simple rattrapage scolaire.
Le modèle repose sur deux parcours complémentaires : une offre destinée aux enfants âgés de 8 à 13 ans en situation de rupture scolaire et une version Nouvelle Génération, consacrée aux jeunes de 14 à 20 ans, qui combine formation, accompagnement et alternance afin de faciliter leur intégration dans le marché du travail.
Les performances enregistrées témoignent de l’efficacité de cette approche. Au cours de la campagne 2024-2025, plus de 20.000 jeunes ont bénéficié du programme, dont 6.480 filles, ainsi que plusieurs centaines de jeunes en situation de handicap, d’enfants en situation de rue et de jeunes migrants. L’E2C Nouvelle Génération affiche notamment un taux d’insertion de 81 %, illustrant sa capacité à favoriser l’accès à l’emploi ou à la formation.
Malgré ces résultats, le PCNS met en garde contre la fragilité du modèle. Les associations partenaires, qui assurent une grande partie de la mise en œuvre du programme, restent fortement dépendantes de financements limités. Une enquête menée auprès de 27 associations révèle que 63 % d’entre elles considèrent l’absence de ressources financières pérennes comme leur principal obstacle, une situation qui affecte la stabilité des équipes, la planification des activités et la continuité de l’accompagnement des bénéficiaires.
Le rapport identifie également plusieurs défis structurels. Plus de 55,6 % des associations interrogées regrettent l’absence de reconnaissance officielle des certifications délivrées, ce qui limite les perspectives d’insertion professionnelle des jeunes. D’autres difficultés concernent le suivi des bénéficiaires après leur sortie des centres, cité par 44,4 % des structures, ainsi que le manque de motivation de certains jeunes, évoqué par 40,7 % des répondants.
Afin d’assurer la pérennité du dispositif et d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030, le Policy Center for the New South recommande la mise en place de contrats-programmes pluriannuels garantissant un financement stable des associations, la création d’une certification reconnue par l’État et les employeurs, le renforcement du suivi post-formation ainsi que le développement d’un accompagnement psychosocial durable. Le think tank plaide également pour une professionnalisation accrue du réseau national des Écoles de la Deuxième Chance afin de consolider leur rôle dans la lutte contre le décrochage scolaire et l’exclusion des jeunes.
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