Distribution alimentaire au Maroc : Le Conseil de la concurrence alerte sur des pratiques opaques et inéquitables
Dans un avis publié début juillet, le Conseil de la concurrence (CC) dresse un constat préoccupant de l’état des circuits de distribution alimentaire au Maroc. Adopté à l’unanimité de ses membres, ce document met en lumière des pratiques commerciales déséquilibrées, un manque de transparence dans la formation des prix, ainsi qu’un rapport de force défavorable aux petits producteurs et fournisseurs.
Un secteur vital mais vulnérable
Avec une valeur ajoutée de 84,2 milliards de dirhams en 2023 et plus de 1,56 million d’emplois, le commerce de détail constitue un pilier essentiel de l’économie marocaine. Pourtant, malgré ce poids économique, la distribution alimentaire repose encore très largement sur le commerce traditionnel, qui génère plus de 80 % du chiffre d’affaires du secteur. Cette prédominance masque toutefois de nombreuses faiblesses structurelles.
À l’inverse, les grandes et moyennes surfaces (GMS), bien que ne couvrant que 20 % du marché, connaissent une croissance rapide avec un chiffre d’affaires de 40,9 milliards de dirhams en 2023, en hausse de 17 % sur un an. Le Conseil note néanmoins que l’accès aux rayons des GMS reste « fortement discriminatoire » pour les petits fournisseurs.
Des marges cachées, des prix en hausse
L’analyse du Conseil s’attarde sur les écarts de prix entre les différents maillons de la chaîne, notamment pour des produits de consommation courante. Entre 2021 et 2023, les marges brutes ont fortement augmenté : +22 % pour les produits laitiers, +18 % pour le concentré de tomates, et +12 % pour les confitures industrielles. Ces hausses s’expliquent par des frais logistiques élevés, une absence de régulation des marges arrière, et une opacité générale sur les pratiques tarifaires.
Le rapport déplore que le consommateur final paie le prix fort de ces déséquilibres, notamment à cause d’une chaîne de valeur dominée par les grandes centrales d’achat et la distribution moderne, peu favorable aux producteurs primaires.
Des recommandations, mais peu de garanties
Parmi les mesures proposées figurent la création d’un Observatoire national des prix et des marges (ONPM), l’encadrement des délais de paiement, et l’intégration des petits commerçants dans les circuits numériques. Le Conseil recommande aussi d’actualiser la stratégie Rawaj lancée en 2009, en visant 600 points de vente structurés d’ici 2030.
Cependant, l’avis reste flou sur les mécanismes de mise en œuvre et sur les ressources allouées à ces réformes. L’absence de calendrier concret suscite des interrogations, tout comme le manque de précisions sur les responsabilités partagées entre ministères et organismes publics.
Déséquilibres territoriaux et disparités fiscales
Le Conseil pointe également la concentration excessive des GMS dans les zones urbaines comme Rabat et Casablanca, au détriment de régions comme l’Oriental ou Souss-Massa, où le taux de pénétration reste inférieur à 5 %. Ce déséquilibre engendre des surcoûts logistiques importants, in fine répercutés sur le consommateur.
Des fédérations professionnelles, telles que la FIL (Fédération interprofessionnelle du lait) ou la CNCG (Confédération nationale des commerçants de gros), appellent à réserver une partie des rayons aux petites entreprises locales. Certaines dénoncent aussi des régimes fiscaux inéquitables, notamment les exonérations douanières accordées à certaines centrales d’achat.
Réformes législatives et innovations sociales
Le Conseil de la concurrence propose d’amender la loi 104-12 sur la liberté des prix, en y introduisant des dispositions spécifiques aux marges arrière, assorties de sanctions. Il recommande également de renforcer les pouvoirs du parquet du commerce pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles.
Dans une démarche plus inclusive, l’avis met en avant l’économie sociale et solidaire, citant l’exemple de la coopérative « Baraka » à Essaouira, qui reverse 70 % de sa marge aux agriculteurs. Il encourage le développement des circuits courts, des points de vente associatifs, et la généralisation de la technologie RFID pour tracer les produits et limiter la fraude.
Une transition encore incertaine
En définitive, le rapport du Conseil de la concurrence trace une feuille de route ambitieuse pour assainir et moderniser les circuits alimentaires au Maroc. Mais sans calendrier clair, ni dispositifs de soutien ciblés, les bonnes intentions risquent de se heurter à la complexité du terrain. Le Conseil appelle à « un pacte de transparence et d’équité » entre tous les acteurs, pour garantir une distribution plus juste et durable.
Car c’est bien dans chaque panier d’achat que se joue, au quotidien, l’équilibre entre justice sociale, souveraineté alimentaire et pouvoir d’achat des Marocains.
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