Emploi rural en crise : pourquoi la formation est devenue urgente
Au Maroc, l’agriculture demeure un pilier essentiel de l’économie nationale, mais traverse une période délicate marquée par des défis structurels et conjoncturels. Les années successives de sécheresse ont profondément fragilisé le monde rural, affectant l’ensemble des filières agricoles, des cultures céréalières à l’élevage, en passant par les légumineuses. Cette situation a entraîné une baisse des revenus des exploitants et une instabilité croissante de l’emploi agricole.
La hausse des prix des intrants, notamment l’alimentation animale et les engrais, combinée à la dégradation des ressources naturelles, a mis de nombreux agriculteurs en difficulté. Certains ont été contraints de réduire leurs activités, voire de cesser totalement leur exploitation, provoquant ainsi des pertes d’emplois importantes dans les zones rurales.
Malgré une légère amélioration du taux de chômage rural, passé de 6,8 % en 2024 à 6,6 % en 2025, cette évolution reste fragile. Le secteur agricole a en effet perdu 137.000 emplois en 2024, après une baisse déjà significative de 157.000 postes en 2023. Sur une période plus longue, entre 2018 et 2023, ce sont plus de 800.000 emplois qui ont disparu, illustrant l’ampleur de la crise.
Ces difficultés ont également ralenti les ambitions de la stratégie Génération Green, lancée pour moderniser l’agriculture et en faire un moteur de croissance à l’horizon 2030. Bien que le secteur représente encore entre 28 % et 38 % de la population active selon les saisons, il peine à exploiter pleinement son potentiel en matière de création d’emplois et d’attractivité.
Au cœur de cette problématique se trouve la question de la formation. Une grande partie des agriculteurs marocains exerce encore selon des savoir-faire transmis de génération en génération, sans formation technique structurée. Cette réalité limite l’adoption de pratiques modernes, l’utilisation optimale des intrants et l’intégration des innovations technologiques.
Les institutions publiques ont d’ailleurs souligné l’importance de renforcer la formation professionnelle dans ce domaine. Le développement des compétences apparaît comme un levier indispensable pour améliorer la productivité, soutenir l’emploi et accompagner la transition vers une agriculture plus résiliente.
Paradoxalement, alors que le chômage rural persiste, de nombreuses exploitations peinent à recruter des profils qualifiés. Les besoins évoluent rapidement avec la modernisation du secteur : techniciens spécialisés, conducteurs d’engins agricoles, experts en fertilisation ou encore opérateurs de drones agricoles sont de plus en plus recherchés. La digitalisation et la mécanisation ouvrent ainsi de nouvelles perspectives, mais nécessitent des compétences adaptées.
Dans ce contexte, l’agriculture marocaine se trouve à un tournant décisif. Elle doit à la fois faire face aux aléas climatiques et investir dans son capital humain pour renforcer sa compétitivité. Sans un effort soutenu en matière de formation et d’accompagnement technique, les ambitions de transformation du secteur risquent de rester inachevées.
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