Enfance en danger : hausse des signalements et réponse judiciaire renforcée au Maroc
Le Maroc a enregistré en 2024 un total de 9 618 affaires de violences à l’encontre des enfants, selon le 8e rapport annuel de la présidence du ministère public publié fin décembre 2025. En hausse de 5,6 % par rapport à 2023, ce chiffre marque une nouvelle étape dans la prise en charge judiciaire des atteintes aux droits de l’enfant. Pour les autorités, cette progression reflète avant tout l’amélioration des mécanismes de signalement, de détection et de traitement, plutôt qu’une augmentation mécanique de la criminalité.
Sur l’ensemble de l’année, 10 169 personnes ont été mises en cause, confirmant l’intensification de l’action des parquets et la montée en puissance des dispositifs de vigilance. En cinq ans, le volume des dossiers traités a presque doublé, signe d’une libération progressive de la parole et d’une meilleure articulation entre acteurs judiciaires, sociaux et sécuritaires.
Les infractions à caractère sexuel constituent toujours la part la plus importante des affaires recensées. Elles représentent plus de quatre dossiers sur dix. Si leur poids relatif recule légèrement, certaines catégories connaissent une évolution préoccupante, notamment les viols sur mineurs, en nette progression. Les atteintes à la pudeur avec violence suivent également une trajectoire ascendante, traduisant une exposition persistante des enfants à des formes graves d’abus.
Les violences corporelles restent un autre volet majeur du phénomène. En 2024, plus de 3 500 enfants ont été victimes d’agressions physiques. Les coups et blessures ayant entraîné une incapacité temporaire de travail de courte durée sont en forte augmentation, tandis que les cas les plus lourds, impliquant des incapacités prolongées, sont en recul. Le rapport fait aussi état de situations extrêmes, incluant des atteintes irréversibles et des décès, qui soulignent la nécessité de renforcer la prévention et la prise en charge précoce.
À ces violences s’ajoutent des formes moins visibles mais tout aussi destructrices, telles que la négligence familiale et la mise en danger. Leur progression confirme le poids des dysfonctionnements intrafamiliaux dans les violences subies par les mineurs. Les auteurs sont majoritairement issus de l’entourage proche, ce qui complique la révélation des faits et rend les interventions plus délicates.
Autre signal d’alerte, la mendicité organisée impliquant des enfants connaît une hausse marquée. Ce phénomène est parfois lié à des réseaux structurés exploitant la vulnérabilité de mineurs, y compris dans des situations de migration. Les cas d’exploitation dans les trafics et la production de contenus illicites restent quantitativement limités, mais les autorités reconnaissent qu’ils sont difficiles à détecter, notamment dans l’environnement numérique.
Le rapport met également en lumière le profil des mis en cause : près de neuf sur dix sont des hommes, mais plus d’un millier de mineurs apparaissent aussi impliqués, illustrant des trajectoires de violence parfois circulaires, où victimes et auteurs se confondent au fil des contextes sociaux.
Dans ce paysage complexe, la coopération internationale gagne en importance. Le programme tripartite associant le Maroc, les États-Unis et le Royaume-Uni a permis d’identifier plusieurs dizaines de suspicions d’exploitation sexuelle en ligne. Ces signalements ont donné lieu à des poursuites, à des instructions judiciaires et à de nombreuses enquêtes toujours en cours, démontrant l’ampleur des défis posés par les infractions numériques.
Au-delà des statistiques, le rapport de la présidence du ministère public dessine les contours d’une politique plus ferme et plus structurée en matière de protection de l’enfance. Le renforcement des capacités d’enquête, la spécialisation des acteurs judiciaires et l’amélioration de la coordination avec les services sociaux apparaissent comme des leviers centraux pour transformer la hausse des signalements en véritable recul des violences. L’enjeu est désormais de consolider cette dynamique afin que la vigilance institutionnelle se traduise durablement par une meilleure sécurité pour les enfants.
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