Enquête Afrobarometer : une opinion publique marocaine mobilisée face à l’urgence climatique
Face à l’aggravation des dérèglements climatiques, l’opinion publique marocaine affiche une position de plus en plus nette. Selon une enquête récente du réseau Afrobarometer, 68 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement doit engager sans délai des mesures pour lutter contre le changement climatique, y compris si celles-ci impliquent des coûts économiques, des pertes d’emplois ou des ajustements structurels.
Ce chiffre traduit un basculement progressif des priorités : pour une majorité de citoyens, l’inaction face au climat représente désormais un risque plus élevé que les contraintes qu’impliquerait une transition accélérée.
Les pays riches désignés comme premiers responsables
L’enquête met en lumière une lecture largement partagée des responsabilités à l’échelle internationale. Près de six Marocains sur dix considèrent que les pays riches ou développés portent la responsabilité principale dans la limitation du changement climatique. Cette perception est encore plus marquée lorsqu’il s’agit du rythme de l’action : 88 % des personnes interrogées estiment que ces pays doivent intervenir dès maintenant.
Dans la même logique, 90 % des répondants jugent que les pays développés ont le devoir d’apporter une aide climatique au Maroc, que ce soit sous forme de financements, de transferts technologiques ou de soutien à l’adaptation.
Un large soutien aux politiques climatiques nationales
Au niveau interne, l’opinion publique se montre massivement favorable à un renforcement des politiques climatiques. Les mesures visant à faire pression sur les pays développés pour obtenir une assistance recueillent l’adhésion de 92 % des sondés. L’investissement dans des infrastructures capables de résister aux aléas climatiques est soutenu par 91 % des personnes interrogées.
Les politiques de transition énergétique et de protection des ressources naturelles bénéficient également d’un large appui. Plus des trois quarts des répondants approuvent l’imposition de fours utilisant des combustibles plus propres, tandis que 70 % soutiennent l’interdiction de l’abattage des arbres destinés au bois de chauffage ou à la production de charbon.
Une responsabilité perçue comme largement externe
Interrogés sur l’origine du dérèglement climatique, 77 % des participants estiment que les principaux responsables se situent hors du Maroc, pointant les individus, les entreprises et les gouvernements d’autres régions du monde.
Les perceptions restent néanmoins nuancées quant aux causes profondes : 38 % attribuent le changement climatique principalement à l’activité humaine, tandis que 43 % considèrent qu’il résulte d’une combinaison entre actions humaines et phénomènes naturels.
Une conscience nourrie par l’expérience du terrain
Ces positions s’ancrent dans une réalité vécue. La grande majorité des personnes interrogées affirme avoir observé une aggravation des sécheresses au cours de la dernière décennie. La baisse des rendements agricoles est également largement citée, confirmant l’impact direct du climat sur les moyens de subsistance.
Cette exposition croissante se reflète dans l’évolution des perceptions. Parmi les répondants se déclarant informés sur le changement climatique, 76 % estiment qu’il rend désormais la vie au Maroc de plus en plus difficile, contre moins de la moitié quelques années auparavant.
Des modes de vie déjà en transformation
Au-delà des attentes adressées à l’État et à la communauté internationale, l’enquête révèle que de nombreux citoyens ont déjà entamé des ajustements concrets. Près de la moitié déclarent avoir modifié leur mode de vie, notamment en réduisant leur consommation d’eau ou en diversifiant leurs sources d’approvisionnement.
Plus d’un tiers indiquent avoir changé leurs pratiques agricoles ou alimentaires. Parmi les personnes disposant de bétail, une part significative affirme avoir dû réduire la taille de leurs troupeaux ou adapter leurs modes de pâturage.
Un signal politique clair
À travers ces résultats, Afrobarometer met en évidence une société de plus en plus consciente des enjeux climatiques et prête à accepter des transformations profondes pour y faire face. L’adhésion majoritaire à des politiques parfois coûteuses envoie un signal fort aux décideurs : la question climatique n’est plus périphérique, elle s’impose désormais comme un enjeu central de développement, de justice sociale et de souveraineté.
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