ESG au Maroc : les entreprises cotées renforcent leurs pratiques de durabilité
Les entreprises marocaines cotées en Bourse renforcent progressivement leurs pratiques en matière de durabilité, de mesure des émissions carbone et de gouvernance responsable. Cette évolution reste toutefois inégale selon les secteurs, tandis que les structures de supervision dédiées aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) demeurent peu répandues. C’est le principal constat de l’édition 2026 du rapport de l’Institut marocain des administrateurs (IMA), consacrée aux pratiques ESG des entreprises faisant appel public à l’épargne.
La mesure des émissions carbone gagne du terrain
La proportion des grandes entreprises cotées qui mesurent leurs émissions de gaz à effet de serre atteint 42 % en 2026, contre 32 % en 2024. Cette progression traduit une attention accrue portée aux enjeux climatiques, même si les pratiques restent disparates au sein du marché.
La structuration des responsabilités liées au développement durable évolue dans le même sens. Selon le rapport, 42 % des entreprises étudiées disposent de responsables spécialisés dans la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au niveau de leur direction.
Les référentiels internationaux de durabilité gagnent également du terrain. La part des sociétés faisant référence aux normes européennes de reporting de durabilité (ESRS) est passée de 4 % en 2024 à 16 % en 2026. Par ailleurs, 9 % des entreprises étudiées déclarent s’appuyer sur les normes de l’International Sustainability Standards Board (ISSB).
Des écarts marqués entre les secteurs
Les avancées en matière de gouvernance ESG varient sensiblement selon les branches d’activité. Les banques, les assurances, la construction et les matériaux de construction figurent parmi les secteurs les plus avancés dans l’organisation de leur gouvernance autour de ces enjeux.
Les données sectorielles du rapport font état de comités spécialisés dans les questions ESG chez 44 % des émetteurs du secteur bancaire, 40 % dans celui des assurances et 43 % dans la construction et les matériaux de construction.
La mesure des émissions de gaz à effet de serre fait également ressortir des différences importantes. Elle concerne 88 % des entreprises du secteur de la construction et 78 % des établissements bancaires. Ces derniers se distinguent aussi par la transparence de leurs déclarations climatiques : 67 % publient leurs émissions pour les trois périmètres de comptabilisation, désignés sous les termes de « scopes 1, 2 et 3 ».
La représentation des femmes progresse dans les conseils
La gouvernance des entreprises cotées évolue également sur le terrain de la représentation féminine. Les femmes occupent en moyenne 31 % des sièges dans les conseils d’administration, contre 29 % en 2024.
La progression se reflète aussi dans la composition des conseils : 65 % des entreprises étudiées comptent désormais au moins 30 % de femmes parmi leurs administrateurs, contre 55 % un an auparavant.
Les résultats diffèrent néanmoins selon les secteurs. La construction affiche une représentation féminine de 39 % dans les conseils d’administration, tandis que les secteurs automobile et de la santé atteignent chacun 38 %.
Ces niveaux rapprochent ces secteurs du seuil de 40 % prévu par la loi n° 17-95, dont l’échéance est fixée à janvier 2027. À l’approche de cette date, les entreprises concernées devront poursuivre leurs efforts pour se conformer à cette exigence.
La séparation des fonctions dirigeantes se généralise
La répartition des responsabilités au sommet des entreprises constitue un autre indicateur d’évolution. La séparation des fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général concerne désormais 56 % des sociétés étudiées, contre 36 % en 2024.
Cette évolution traduit une progression des pratiques visant à distinguer les responsabilités de direction et de supervision au sein des entreprises cotées.
Le comité d’audit reste, pour sa part, le mécanisme de contrôle le plus largement adopté : il est présent dans la totalité des entreprises étudiées. En revanche, le comité des nominations et des rémunérations n’existe que dans 59 % d’entre elles.
Les structures spécifiquement consacrées aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance restent moins répandues. Seules 20 % des entreprises disposent d’un comité ESG, contre 17 % en 2024.
Malgré les avancées observées dans la mesure des émissions, l’adoption des normes internationales et la représentation des femmes, le rapport de l’IMA souligne ainsi la nécessité de poursuivre la structuration des pratiques ESG. L’enjeu consiste désormais à réduire les disparités sectorielles et à renforcer les mécanismes de gouvernance durable au sein des entreprises marocaines cotées.
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