Espagne : la crise du logement alimente une contestation sociale grandissante
La crise immobilière prend une nouvelle dimension en Espagne. Face à l’envolée persistante des prix et à la pénurie de logements, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce week-end à Madrid et dans plusieurs villes du pays pour réclamer un accès plus abordable au logement.
Dans la capitale, plusieurs cortèges ont convergé vers le centre-ville derrière des slogans appelant notamment à une mobilisation sociale plus large. Les estimations de la participation divergent fortement : les autorités évoquent environ 70.000 manifestants à Madrid, tandis que le Syndicat des locataires avance le chiffre de 500.000 personnes.
Une colère qui s’étend au-delà de Madrid
La mobilisation a dépassé les frontières de la capitale et s’est étendue à plus d’une vingtaine de villes espagnoles. Elle intervient dans un contexte politique tendu, après le rejet par le Congrès des députés de deux textes gouvernementaux portant notamment sur la protection des locataires et les procédures d’expulsion.
La question du logement s’impose ainsi comme un sujet social majeur, alors que le gouvernement de Pedro Sánchez peine à réunir une majorité parlementaire suffisamment solide pour faire adopter ses mesures.
La contestation avait déjà gagné en intensité après l’expulsion, le 23 septembre, de Maricarmen Abascal, une Madrilène âgée de 87 ans qui occupait son logement depuis plus de 70 ans. Son histoire est devenue l’un des symboles de la difficulté croissante rencontrée par les ménages modestes et les personnes âgées confrontées à la pression immobilière.
Depuis le 26 septembre, un campement de militants installé sur la Puerta del Sol est également devenu un point central de la mobilisation à Madrid.
Les prix poursuivent leur progression
Les données officielles témoignent de l’ampleur du phénomène. Selon l’Institut national de la statistique (INE), les prix des logements ont augmenté de 12,2 % sur un an au deuxième trimestre 2026. La hausse était encore plus importante au trimestre précédent, à 12,9 %.
Les logements anciens ont enregistré une progression annuelle de 12,9 %, contre 7,4 % pour les logements neufs. Plusieurs territoires ont connu des augmentations encore plus marquées, notamment Sebta avec 15,2 %, les Asturies avec 15 % et la Castille-et-León avec 14,8 %. À Madrid, la hausse atteignait 12,9 %.
Cette pression s’explique notamment par une demande en progression constante. L’Espagne comptait près de 49,8 millions d’habitants au 1er juillet 2026, soit 444.205 personnes supplémentaires en un an. La population étrangère atteignait pour sa part 7,44 millions, en hausse de 4,9 % sur douze mois.
Un déficit de logements qui se creuse
Le principal problème réside toutefois dans le décalage entre la demande et la construction. Le ministère du Logement recensait 100.980 logements achevés en 2024, un niveau très éloigné des volumes enregistrés durant les années du boom immobilier, lorsque la construction dépassait 600.000 logements par an.
La Banque d’Espagne estime actuellement le déficit de logements à environ 755.000 unités. Sans changement de tendance, celui-ci pourrait franchir le seuil du million de logements en 2028.
Les grandes agglomérations et les zones touristiques sont particulièrement exposées. La progression démographique, la concentration de la demande dans certains territoires et le développement des logements destinés à la location touristique contribuent à accentuer les tensions sur le marché.
Les jeunes et les ménages modestes en première ligne
Cette situation rend l’accès au logement de plus en plus difficile pour les jeunes et les ménages disposant de revenus modestes. La combinaison de prix élevés, de loyers en hausse et d’une offre insuffisante dans les secteurs les plus recherchés réduit les possibilités d’accès à la propriété comme à la location.
Le gouvernement cherche à renforcer les dispositifs de protection des locataires et à accélérer le développement d’une offre de logements abordables. Mais les derniers revers parlementaires illustrent les difficultés politiques auxquelles il se heurte pour faire adopter ses mesures.
En Espagne, la crise du logement dépasse désormais largement la seule question immobilière. Elle s’impose comme un enjeu social et politique majeur, au cœur d’une contestation qui pourrait continuer à prendre de l’ampleur si le déséquilibre entre l’offre et la demande persiste.
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