Espagne : une enquête judiciaire cherche à déterminer si la crise de Sebta pouvait être anticipée
La justice espagnole intensifie ses investigations sur les arrivées massives de migrants enregistrées récemment à Sebta. La juge de l’Audience nationale, María Tardón, a demandé à la Garde civile de préciser si des informations ou des signaux d’alerte avaient été reçus avant le déclenchement de cette crise migratoire, afin de déterminer si les événements auraient pu être anticipés.
Cette démarche judiciaire s’inscrit dans le cadre des investigations ouvertes après l’entrée irrégulière de dizaines de milliers de personnes dans l’enclave espagnole, un épisode qui a ravivé les débats sur la gestion des frontières et la coopération migratoire entre le Maroc et l’Espagne.
La Garde civile appelée à détailler son dispositif
Dans une décision judiciaire, la magistrate demande aux forces de sécurité de fournir un rapport complet sur les moyens mobilisés durant la crise. Les autorités devront notamment détailler les opérations de sauvetage menées sur le terrain, ainsi que les informations disponibles concernant les personnes secourues, leur identité et leur situation.
La juge souhaite également obtenir des précisions sur les victimes décédées, notamment les circonstances, les causes et les dates des décès enregistrés lors de cette vague migratoire.
Cette nouvelle demande intervient quelques jours après une première décision confiant à la Police nationale la mission d'établir si les entrées massives relevaient d'une action coordonnée par une organisation criminelle.
Madrid évoque près de 72.000 arrivées
Selon les autorités espagnoles, près de 72.000 personnes sont entrées irrégulièrement à Sebta durant cette crise migratoire. Le gouvernement affirme qu'environ 70.000 migrants ont depuis regagné le Maroc.
Ces événements ont suscité de nombreuses interrogations sur les mécanismes de coopération bilatérale en matière de contrôle des flux migratoires.
Le Maroc rappelle son engagement en matière de coopération
Quelques jours avant cette décision judiciaire, une source du ministère marocain des Affaires étrangères avait indiqué que Rabat avait averti les autorités espagnoles des conséquences potentielles d'une décision rendue début juillet par le Tribunal suprême espagnol.
Selon cette source, cette décision judiciaire, qui limite les possibilités de refoulements immédiats des migrants interceptés en mer alors qu'ils tentent de rejoindre Sebta ou Melilia à la nage, aurait affaibli un mécanisme essentiel de coopération entre les deux pays.
Le Maroc a réaffirmé, à cette occasion, que la gestion des flux migratoires constitue une responsabilité commune et a souligné poursuivre ses efforts dans ce domaine, tout en estimant que cette coopération repose sur un engagement partagé entre les deux États.
L'enquête judiciaire devra désormais établir si les services de sécurité espagnols disposaient effectivement d'informations préalables permettant d'anticiper cette crise migratoire et d'adapter leur dispositif opérationnel.
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