États-Unis : 600.000 moustiques relâchés pour réduire l’usage des pesticides
Une expérimentation inédite destinée aux particuliers prend forme aux États-Unis. Quelque 600.000 moustiques tigres (Aedes albopictus) doivent être relâchés d’ici la fin de l’été dans plusieurs jardins privés de la région de Washington, avec un objectif affiché : réduire la présence de ces insectes sans recourir systématiquement aux traitements chimiques.
À l’origine de cette initiative, l’entreprise Bee Safe Mosquito Control mise sur une méthode biologique reposant sur la bactérie Wolbachia. Les moustiques concernés sont exclusivement des mâles, qui ne piquent pas. Lorsqu’ils s’accouplent avec des femelles ne portant pas cette bactérie, leurs œufs ne parviennent pas à se développer.
Une alternative aux traitements chimiques
Le dispositif, commercialisé sous le nom de « ZAP Males », cible spécifiquement le moustique tigre, une espèce invasive dans certaines régions des États-Unis et connue pour pouvoir transmettre plusieurs maladies, dont la dengue.
Pour Todd Montgomery, fondateur de l’entreprise, l’évolution des conditions climatiques rend la question de la prolifération des moustiques de plus en plus préoccupante. La hausse des températures et l’allongement des périodes chaudes et humides peuvent en effet créer des conditions favorables à leur développement.
L’entrepreneur, ancien ingénieur électricien reconverti dans l’entomologie, affirme avoir créé son entreprise en 2023 notamment pour proposer une solution limitant le recours aux pesticides dans les espaces résidentiels.
Des particuliers participent à l’expérimentation
Le programme a déjà séduit 25 propriétaires. Chacun reçoit chaque semaine 1.500 moustiques mâles pendant une période de 16 semaines.
L’objectif est de maintenir une présence suffisante de mâles porteurs de Wolbachia afin de perturber progressivement la reproduction des moustiques tigres présents dans les jardins concernés.
Certains participants expliquent avoir choisi cette solution en raison de leurs inquiétudes concernant les produits chimiques traditionnellement utilisés pour lutter contre les moustiques.
Pour plusieurs propriétaires, l’enjeu est également de pouvoir profiter davantage de leurs espaces extérieurs pendant les périodes chaudes, alors que les moustiques peuvent rendre difficiles les activités dans les jardins et sur les terrasses.
Le programme affiche déjà complet pour la saison en cours et les inscriptions pour 2027 ont commencé, selon son initiateur.
La bactérie Wolbachia au cœur de la méthode
La stratégie repose sur une particularité biologique de Wolbachia, une bactérie naturellement présente chez de nombreux insectes. Dans le dispositif proposé par l’entreprise américaine, la présence de cette bactérie chez les mâles permet de perturber la reproduction lorsqu’ils s’accouplent avec des femelles qui n'en sont pas porteuses.
L’objectif est ainsi de réduire progressivement le nombre de moustiques tigres dans les zones traitées, sans avoir recours à des pulvérisations répétées d’insecticides.
Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large de recherche de méthodes biologiques destinées à limiter les populations de moustiques ou leur capacité à transmettre certaines maladies.
Singapour mise déjà sur cette technologie
Les États-Unis ne sont pas les premiers à expérimenter des stratégies reposant sur Wolbachia. Singapour mène depuis plusieurs années un vaste programme public connu sous le nom de « Projet Wolbachia ».
Le dispositif singapourien repose lui aussi sur des lâchers de moustiques mâles porteurs de la bactérie afin de réduire certaines populations de moustiques. L’ampleur du programme est toutefois sans commune mesure avec l’expérimentation américaine destinée aux particuliers.
Des travaux scientifiques ont également étudié l’utilisation de Wolbachia selon une autre approche : plutôt que de chercher à réduire la population de moustiques, il s’agit de favoriser la présence de la bactérie dans celle-ci afin de diminuer la capacité des insectes à transmettre certaines maladies.
Une efficacité qui dépend du contexte
Si la méthode suscite un intérêt croissant, son efficacité peut varier selon les conditions locales. La densité des moustiques, l’environnement immédiat, la superficie concernée et la fréquence des lâchers peuvent notamment influencer les résultats.
Pour Marcelo Jacobs-Lorena, professeur d’entomologie à l’université Johns Hopkins, la réduction d’une population de moustiques nécessite une intervention suffisamment importante et durable. Selon cette approche, le recours à des lâchers répétés pourrait devenir une opération de longue durée.
Le chercheur défend une autre stratégie utilisant Wolbachia. Celle-ci consiste à introduire dans une population des mâles et des femelles portant une même souche de la bactérie, afin que celle-ci se diffuse progressivement. L’objectif n’est alors plus d’éliminer les moustiques, mais de réduire leur capacité à transmettre des agents pathogènes.
Une piste appelée à se développer
L’intérêt pour ces solutions biologiques dépasse désormais les seules initiatives locales. D’autres projets de grande ampleur sont étudiés aux États-Unis, notamment en Floride et en Californie.
Cette multiplication des expérimentations intervient alors que les autorités sanitaires et les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux conséquences de l’évolution du climat sur les insectes vecteurs de maladies.
Le projet mené dans les jardins privés de la région de Washington constitue donc un test grandeur nature d’une nouvelle manière de lutter contre les moustiques. Son succès dépendra notamment de sa capacité à produire des résultats durables tout en répondant aux attentes des habitants qui cherchent à limiter l’usage des pesticides.
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