États-Unis : plus de 25.000 expulsés envoyés vers des pays tiers depuis 2025
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, les États-Unis ont développé un dispositif d’expulsion reposant notamment sur le transfert de migrants vers des pays avec lesquels ils n’ont pas nécessairement de liens. Une vaste enquête internationale révèle qu’au moins 25.447 personnes avaient été envoyées dans des pays tiers au 31 août 2026, dans le cadre d’accords conclus avec plusieurs États d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique.
L’enquête, coordonnée par le consortium Forbidden Stories avec un réseau international de journalistes, met également en lumière l’ampleur financière de cette politique. Selon les données compilées par les journalistes, l’administration américaine aurait prévu au moins 410 millions de dollars pour rémunérer les pays partenaires ou financer, via des agences des Nations unies, les opérations liées à ces transferts.
Le Mexique concentre la majorité des transferts
Le Mexique constitue de loin la principale destination identifiée dans les données de l’enquête. Près de 20.000 personnes y auraient été transférées, tandis que les autres expulsés ont été répartis dans 27 autres pays.
Les modalités varient d’un accord à l’autre. Les textes déterminent notamment les nationalités concernées, les conditions d’accueil ainsi que, dans certains cas, la possibilité de transférer des personnes ayant des antécédents judiciaires.
Cette stratégie permet à Washington de procéder à des expulsions lorsque le renvoi direct vers le pays d’origine n’est pas possible dans le cadre juridique applicable. L’administration Trump défend cette approche en considérant que l’absence de possibilité de renvoyer une personne vers son pays d’origine n’empêche pas son transfert vers un État tiers.
Une offensive diplomatique particulièrement marquée en Afrique
Le continent africain occupe une place importante dans ce dispositif. Selon l’enquête citée par l’AFP, 49 des 54 pays africains auraient été approchés afin d’examiner leur éventuelle participation à ce mécanisme.
Une précédente enquête de l’AFP avait déjà documenté les moyens de pression employés par Washington dans ses discussions avec plusieurs gouvernements africains. Parmi les leviers évoqués figuraient notamment les restrictions de visas, les droits de douane ou encore la réduction de certains programmes d’aide.
Le Cameroun illustre cette nouvelle dynamique. Le pays a conclu avec Washington un mémorandum prévoyant l’accueil de personnes expulsées des États-Unis. Un premier avion transportant des expulsés est arrivé en janvier 2026. Des personnes originaires notamment de la République démocratique du Congo, du Ghana, de l’Angola, de l’Éthiopie, du Sénégal, du Kenya, du Zimbabwe et du Maroc ont depuis été transférées vers le pays, selon un reportage de l’AFP.
Des interrogations sur le statut juridique des expulsés
Au-delà des chiffres, le dispositif soulève des questions sur la situation des personnes transférées dans des États où elles ne disposent ni de liens familiaux ni d’attaches personnelles.
Des juristes interrogés par l’AFP ont décrit une situation de grande incertitude juridique pour certains expulsés, notamment lorsque leur maintien dans le pays d’accueil intervient sans procédure clairement établie ou sans garanties suffisantes quant à leurs droits.
Dans le cas du Cameroun, l’AFP a rapporté les témoignages de personnes affirmant avoir découvert leur destination tardivement, certaines disant avoir été privées de leurs documents et se retrouver sans perspective claire concernant leur avenir. Un avocat camerounais a par ailleurs contesté devant la justice le principe de certains de ces renvois.
Un dispositif financé à plusieurs niveaux
Les 410 millions de dollars identifiés dans les documents examinés par Forbidden Stories ne correspondent pas uniquement à des versements directs aux gouvernements. Selon l’enquête, environ 81 millions de dollars étaient destinés aux États signataires, tandis qu’une part importante devait être attribuée à des organisations internationales.
Plus de 178 millions de dollars étaient notamment prévus pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), et environ 123 millions pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les deux organisations ont défendu leur implication en soulignant que leur participation devait contribuer à l’assistance aux personnes concernées et au fonctionnement de leurs mandats respectifs.
Un bureau spécialisé au cœur des négociations
L’enquête met également en évidence le rôle d’une structure peu connue du département d’État américain : l’Office of Remigration, créé en mai 2025.
Selon Forbidden Stories, ce service aurait pris en charge une grande partie des négociations avec les pays tiers ainsi que les paiements associés aux accords. Il est dirigé par le diplomate Christian Jove Ehrhardt, âgé de 41 ans, dont le parcours comprend notamment des fonctions liées à la sécurité dans plusieurs ambassades.
La multiplication de ces accords marque ainsi une évolution importante de la politique américaine d’éloignement : les expulsions ne reposent plus uniquement sur le retour vers le pays d’origine, mais de plus en plus sur la recherche d’États tiers disposés à accueillir temporairement ou durablement les personnes concernées.
À la fin août 2026, l’ampleur du dispositif se mesurait déjà à plus de 25.000 transferts réalisés et à plusieurs dizaines d’accords conclus ou négociés. Une politique qui continue de susciter des interrogations sur ses modalités, son financement et les garanties offertes aux personnes envoyées dans des pays avec lesquels elles n’ont parfois aucun lien.
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