États-Unis : Trump s’attaque aux rapports scientifiques sur le changement climatique
L’administration de Donald Trump accentue sa pression sur les institutions scientifiques américaines travaillant sur le changement climatique. Après le retrait d’un chapitre consacré à la science du climat d’un manuel destiné aux juges fédéraux, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a annoncé qu’elle ne coordonnerait pas l’édition 2026 de son célèbre Arctic Report Card, publié chaque année depuis 2006.
Cette décision ne signifie pas que les données climatiques collectées par la NOAA vont disparaître. L’agence a précisé que les données qu’elle fournit habituellement au rapport continueraient d’être recueillies et resteraient accessibles au public. En revanche, la coordination fédérale de l’édition 2026 ne sera plus assurée par l’agence.
Un rapport de référence privé de soutien fédéral
Le Arctic Report Card constitue depuis deux décennies un outil majeur pour suivre l’évolution de l’environnement arctique. Sa publication annuelle permet aux chercheurs, aux décideurs et au grand public de disposer d’une synthèse évaluée par les pairs sur l’état de la glace de mer, des océans, de l’atmosphère, des glaciers et des écosystèmes de la région.
La décision de la NOAA intervient alors que les indicateurs suivis par le rapport témoignent d’une transformation rapide de l’Arctique. L’édition 2025 avait notamment établi que les températures de surface enregistrées entre octobre 2024 et septembre 2025 étaient les plus élevées depuis le début des relevés en 1900. Elle avait également fait état d’un minimum hivernal de glace de mer particulièrement préoccupant.
Pour plusieurs scientifiques, l’enjeu dépasse donc la seule publication d’un document annuel. L’absence de coordination fédérale risque, selon eux, d’affaiblir la capacité des États-Unis à conserver une vision cohérente et accessible des transformations de l’Arctique.
Twila Moon, chercheuse à l’Université du Colorado à Boulder et l’une des scientifiques associées au rapport ces dernières années, travaille déjà avec d’autres chercheurs sur une éventuelle publication indépendante. L’objectif serait de maintenir en 2026 un suivi scientifique de l’Arctique malgré le retrait du soutien institutionnel de la NOAA.
La science climatique au cœur d’un affrontement politique
Cette décision intervient dans un contexte plus large de tensions entre l’administration Trump et plusieurs institutions scientifiques américaines.
En février 2026, le Federal Judicial Center avait retiré de son propre site un chapitre consacré à la science du climat dans la quatrième édition du Reference Manual on Scientific Evidence, ouvrage conçu pour aider les magistrats à évaluer des éléments scientifiques présentés devant les tribunaux. Le retrait faisait suite aux critiques formulées par plusieurs procureurs généraux républicains, qui contestaient notamment l’impartialité du chapitre.
Le président Donald Trump s’en était ensuite directement pris au manuel en juillet, affirmant que les informations consacrées au changement climatique étaient discréditées et demandant un examen de cette affaire.
Sous la pression politique, les National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine ont à leur tour retiré le chapitre de leur site en août et annoncé un examen indépendant de la procédure ayant conduit à sa rédaction. L’institution a toutefois précisé que cette démarche portait sur le processus de préparation du chapitre et non sur la validité de la science climatique elle-même.
Cette nuance est importante : la controverse porte officiellement sur les méthodes et les procédures d’élaboration du document, alors que le consensus scientifique sur le rôle des activités humaines dans le réchauffement climatique demeure largement établi.
Des données toujours disponibles, mais une inquiétude sur leur diffusion
Le retrait du soutien fédéral au rapport arctique ne signifie pas une interruption de la collecte scientifique. La NOAA assure que les données historiquement utilisées dans le document continueront d’être produites et resteront publiques.
Pour les chercheurs, la difficulté réside cependant dans la perte d’un cadre fédéral permettant de réunir, vérifier et présenter ces informations de manière régulière. Or, les données climatiques sont utilisées bien au-delà du monde académique : elles peuvent contribuer à la planification des infrastructures, à la sécurité maritime, à la gestion des ressources naturelles et à l’anticipation des risques pour les populations vivant dans les régions arctiques.
L’Arctique occupe également une place stratégique dans l’observation du changement climatique mondial. La fonte des glaciers, la diminution de la banquise, l’évolution du pergélisol et les transformations des écosystèmes produisent des effets qui dépassent largement les frontières de la région.
Une stratégie qui inquiète la communauté scientifique
Le cas du Arctic Report Card s’inscrit dans une série de décisions qui ont alimenté les inquiétudes sur l’avenir de la recherche climatique aux États-Unis. L’administration Trump a notamment cherché à réduire ou réorienter plusieurs dispositifs fédéraux consacrés à l’environnement et au climat. Des initiatives visant des infrastructures scientifiques et des programmes de recherche ont également suscité des contestations.
Dans le même temps, les National Academies continuent de publier des travaux scientifiques consacrés aux conséquences du changement climatique. En juillet 2026, l’institution a notamment publié une étude consacrée à l’attribution des événements météorologiques extrêmes, concluant que les recherches permettant d’évaluer l’influence du changement climatique sur des phénomènes tels que les vagues de chaleur et les précipitations extrêmes avaient considérablement progressé.
Le débat américain ne porte donc plus uniquement sur les politiques de réduction des émissions. Il touche désormais aussi à la manière dont les connaissances scientifiques sont produites, financées, diffusées et utilisées par les institutions publiques.
Une bataille qui dépasse la politique climatique
Pour les défenseurs de la recherche scientifique, l’enjeu est celui de l’accès à une information indépendante et durable. La suppression d’un rapport ou d’un chapitre ne fait pas disparaître les phénomènes observés sur le terrain, mais elle peut modifier la visibilité accordée aux données et compliquer leur utilisation par les décideurs.
L’avenir du Arctic Report Card sera ainsi particulièrement suivi. Ses auteurs envisagent de poursuivre le travail sans la coordination de la NOAA, tandis que les données fédérales devraient continuer à alimenter les recherches sur l’évolution de l’Arctique.
Au-delà de la controverse politique, cette séquence illustre une question plus vaste : dans un contexte de multiplication des canicules, des incendies et d’autres événements météorologiques extrêmes, quel rôle les institutions publiques américaines souhaitent-elles désormais accorder à l’expertise climatique ? La réponse de Washington pourrait avoir des conséquences durables sur la recherche, mais aussi sur la capacité des autorités à anticiper les risques environnementaux.
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