Expulsions d’Afghans : la France ouvre des discussions techniques avec les talibans
La France a engagé des discussions techniques avec les autorités talibanes afin de faciliter le retour en Afghanistan de certains ressortissants afghans en situation irrégulière, notamment lorsque leur présence est considérée comme représentant une menace pour l’ordre public. L’initiative a été confirmée mercredi 7 octobre par une source diplomatique française.
Cette démarche intervient dans un contexte européen marqué par un durcissement des politiques de retour et par la recherche de mécanismes permettant de procéder à des éloignements vers l’Afghanistan. Plusieurs pays européens ont déjà engagé des contacts techniques avec Kaboul sur cette question.
Un échange limité aux questions pratiques
Selon la source diplomatique citée, le dialogue avec les talibans est présenté comme une démarche technique destinée à faciliter les procédures de retour. Il ne constitue pas, selon Paris, une reprise des relations diplomatiques avec les autorités de facto afghanes.
La France n’entretient en effet pas de relations diplomatiques avec les talibans depuis leur retour au pouvoir en août 2021, tandis que son ambassade à Kaboul reste fermée.
Cette distinction entre contacts techniques et reconnaissance politique est également utilisée par d’autres États européens. En mai, l’Union européenne avait annoncé l’ouverture de discussions techniques avec des représentants talibans autour des réadmissions de ressortissants afghans.
Des centaines de personnes potentiellement concernées
Le nombre précis de ressortissants afghans susceptibles d’être concernés par le dispositif français n’a pas été communiqué. Une source informée du dossier évoque toutefois plusieurs centaines de personnes.
La priorité serait notamment donnée aux ressortissants en situation irrégulière dont le maintien sur le territoire est considéré comme incompatible avec les impératifs de sécurité ou qui ont fait l’objet de condamnations judiciaires.
La France s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large observé au sein de l’Union européenne. Une vingtaine d’États membres ont cherché à renforcer les mécanismes de retour des ressortissants afghans ne disposant pas d’un droit au séjour, alors que l’absence de relations diplomatiques avec Kaboul complique les procédures d’éloignement.
Une dynamique européenne déjà engagée
Le dossier des retours afghans a pris une nouvelle dimension en 2026. En juin, des représentants talibans avaient participé à Bruxelles à des discussions avec des responsables européens portant notamment sur les conditions pratiques des retours.
L’Allemagne a également franchi une étape supplémentaire en organisant des expulsions vers l’Afghanistan après des négociations avec les autorités talibanes. Le pays avait notamment indiqué que les contacts établis avec Kaboul portaient sur des questions techniques liées aux retours.
Cette évolution traduit une difficulté à laquelle sont confrontés plusieurs gouvernements européens : faire appliquer les décisions d’éloignement tout en composant avec un pouvoir afghan qui n’est pas officiellement reconnu par l’Union européenne.
Paris maintient sa position sur l’Afghanistan
Le gouvernement français insiste parallèlement sur le fait que le dialogue engagé autour des retours ne modifie pas sa position politique à l’égard des talibans.
Paris affirme également maintenir son soutien à la population afghane, avec une attention particulière portée aux femmes. Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont adopté des mesures restreignant fortement les droits et libertés des femmes et des filles. Les restrictions concernent notamment l’accès à l’éducation, à l’emploi et à plusieurs espaces publics.
Cette situation explique la sensibilité politique du dialogue engagé avec les autorités de Kaboul, alors même que plusieurs gouvernements européens considèrent désormais la coopération technique nécessaire pour organiser certains retours.
Une question de sécurité mais aussi de droits
Le débat dépasse ainsi la seule question administrative des expulsions. Pour les gouvernements concernés, la capacité à éloigner des personnes condamnées ou considérées comme représentant une menace constitue un enjeu de sécurité intérieure.
Dans le même temps, les organisations de défense des droits humains et plusieurs responsables politiques européens ont critiqué le rapprochement opérationnel avec les talibans, estimant qu’il peut contribuer à leur donner une forme de légitimité internationale. Ces critiques ont notamment accompagné les discussions menées par l’Union européenne à Bruxelles.
La France tente donc de maintenir une ligne de séparation entre coopération administrative et reconnaissance politique. Le dialogue engagé avec les talibans doit permettre de traiter les questions pratiques liées aux retours, sans modifier officiellement la position française sur le régime au pouvoir à Kaboul.
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