Feijóo et le Maroc : le pari diplomatique qui pourrait tester la cohérence du PP
Le paradoxe d’Alberto Núñez Feijóo sur le Maroc s’affirme avec une netteté particulière. Alors que le président du Parti populaire espagnol se positionne comme une alternative à Pedro Sánchez, il reconnaît simultanément l’importance stratégique du Royaume pour toute future politique étrangère espagnole. Dans un entretien accordé à Okdiario, Feijóo affirme ainsi que le Maroc serait la destination de son premier déplacement international s’il accédait à la présidence du gouvernement.
Ce choix traduit une réalité géopolitique difficile à contourner : Madrid ne peut gérer durablement ses enjeux migratoires, sécuritaires, économiques et régionaux sans une coopération étroite avec Rabat. Mais cette volonté de rapprochement cohabite, dans le même discours, avec des accusations particulièrement fermes concernant les épisodes migratoires à Sebta.
Le Maroc comme priorité diplomatique
Interrogé sur la destination de son premier voyage à l’étranger, Alberto Núñez Feijóo ne laisse guère de place au doute. Le chef du PP désigne le Maroc et explique vouloir rompre avec ce qu’il considère comme le manque de considération de Pedro Sánchez à l’égard de Rabat.
Au-delà de la portée symbolique de cette déclaration, le choix est révélateur. La relation hispano-marocaine constitue aujourd’hui un dossier central pour Madrid, notamment en matière de contrôle des flux migratoires, de lutte contre les réseaux criminels, de coopération sécuritaire et de relations économiques.
Le Maroc est également devenu un partenaire incontournable dans la préparation de la Coupe du Monde 2030, que le Royaume organisera conjointement avec l’Espagne et le Portugal. La FIFA a officiellement désigné les trois pays comme hôtes de la compétition.
Feijóo semble donc reconnaître qu’une éventuelle arrivée à La Moncloa l’obligerait à privilégier la stabilité de cette relation bilatérale.
Une stratégie qui reste marquée par la fermeté
Cette volonté de rapprochement apparaît toutefois en tension avec le discours tenu par le dirigeant conservateur sur les événements de Sebta. Dans son entretien, Feijóo reprend une terminologie particulièrement dure pour qualifier l’arrivée massive de migrants sur le territoire de la ville autonome espagnole et réclame davantage de fermeté vis-à-vis du Maroc.
Le contraste est saisissant : le Maroc est présenté à la fois comme un interlocuteur auquel l’Espagne doit demander des comptes et comme le partenaire vers lequel un futur gouvernement espagnol devrait se tourner en priorité.
Cette contradiction illustre la difficulté du débat politique espagnol autour de Rabat. Pour le PP, la question migratoire constitue un terrain privilégié pour critiquer le gouvernement Sánchez. Mais une fois les enjeux électoraux mis de côté, la géographie et les intérêts stratégiques imposent une coopération quotidienne entre les deux pays.
Sebta : entre responsabilité espagnole et coopération marocaine
Feijóo reproche au gouvernement espagnol son manque d’anticipation face aux mouvements migratoires. Mais son raisonnement reconnaît également que Madrid aurait dû mieux exploiter ses capacités de renseignement et renforcer la coordination avec Rabat avant que la situation ne dégénère.
Cette dimension est essentielle. La gestion des frontières entre l’Espagne et le Maroc ne repose pas uniquement sur l’action d’un seul pays. Elle implique des mécanismes de coopération policière, de renseignement et de contrôle migratoire qui nécessitent une coordination constante.
L’expérience des dernières années montre d’ailleurs que les deux gouvernements ont régulièrement travaillé ensemble sur ces dossiers. En mai 2021, au lendemain de la crise de Sebta, le gouvernement espagnol indiquait déjà travailler avec les autorités marocaines sur la situation des mineurs arrivés dans la ville et sur les procédures de regroupement familial.
La coopération migratoire entre les deux pays ne se limite donc pas aux périodes de crise. Elle s'inscrit dans un cadre plus ancien, notamment autour de la prévention de l'immigration irrégulière, de la protection des mineurs et des retours concertés. Un accord bilatéral sur les mineurs non accompagnés avait notamment été conclu en 2007.
La question sensible des mineurs
Le dossier des mineurs non accompagnés constitue un autre point de friction. Feijóo défend l’idée d’un retour au Maroc lorsqu’une réunification familiale est possible, estimant que les enfants doivent pouvoir retrouver leurs proches.
La réalité juridique est cependant plus complexe. Les autorités espagnoles doivent examiner les situations individuellement et garantir la protection des mineurs. Lors de la crise de 2021, Madrid avait notamment insisté sur la nécessité d’identifier les situations personnelles, de vérifier les possibilités de regroupement familial et de protéger les enfants qui ne pouvaient pas être renvoyés.
L’Espagne et le Maroc disposent par ailleurs depuis 2007 d’un cadre de coopération portant précisément sur la prévention, la protection et le retour concerté des mineurs non accompagnés.
La question ne peut donc être réduite à une opposition entre une prétendue volonté marocaine de récupérer les mineurs et une supposée réticence espagnole. Les procédures doivent tenir compte du droit espagnol, des engagements internationaux et de l’intérêt supérieur de chaque enfant.
Le Mondial 2030, autre terrain de divergence
La Coupe du Monde 2030 constitue désormais un autre volet majeur de la relation entre Madrid et Rabat. Feijóo a affirmé que la finale devrait se tenir en Espagne. Or, sur le plan institutionnel, aucun droit automatique à accueillir la finale n’a été attribué à l’Espagne.
La FIFA a désigné l’Espagne, le Maroc et le Portugal comme coorganisateurs du tournoi. La compétition sera donc construite autour d’un projet commun réunissant les trois pays, auxquels s’ajouteront trois rencontres destinées à célébrer le centenaire de la Coupe du Monde en Argentine, au Paraguay et en Uruguay.
La question de la finale relève par conséquent de l’organisation du tournoi et des décisions compétentes de la FIFA, et non d’une promesse politique unilatérale. Présenter à l’avance la finale comme acquise à l’Espagne simplifie donc une négociation qui concerne les trois pays hôtes.
Cette dimension prend une importance particulière alors que l’Espagne vient de remporter la Coupe du Monde 2026, son deuxième titre mondial, ce qui renforce naturellement les attentes espagnoles autour du prochain tournoi organisé à domicile.
Le Sahara, l’inconnue majeure
Derrière les questions migratoires et sportives demeure toutefois le dossier le plus sensible : le Sahara.
Depuis le changement de position de Madrid en 2022, l’Espagne considère le plan marocain d’autonomie comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour parvenir à une solution au différend. Cette évolution avait contribué à ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre Madrid et Rabat.
Feijóo devra donc clarifier s’il entend maintenir cette orientation en cas d’arrivée au gouvernement. C’est sur ce point, davantage encore que sur la symbolique d’un premier voyage au Maroc, que se mesurera la cohérence de sa future politique étrangère.
Le PP a régulièrement critiqué la manière dont Pedro Sánchez a opéré ce changement diplomatique. Mais une éventuelle remise en cause de cette orientation pourrait également fragiliser une relation bilatérale devenue essentielle pour les intérêts espagnols.
Entre logique électorale et impératif géopolitique
Le discours de Feijóo révèle finalement une tension structurelle. En tant que chef de l’opposition, il peut mettre l’accent sur la fermeté, dénoncer les failles de la politique migratoire et critiquer Pedro Sánchez. En tant que possible futur chef du gouvernement, il devra néanmoins composer avec les contraintes imposées par la proximité géographique et les intérêts communs.
Son choix annoncé du Maroc pour un premier déplacement international constitue à cet égard un signal politique important. Il suggère qu’en dépit des critiques, Feijóo considère Rabat comme un interlocuteur prioritaire.
Reste désormais à savoir quelle ligne prévaudrait une fois au pouvoir : celle du candidat qui cherche à afficher sa fermeté ou celle du dirigeant confronté aux réalités de la coopération bilatérale.
Car la relation entre l’Espagne et le Maroc ne se limite ni à une controverse migratoire ni à une compétition autour d’un stade. Elle englobe la sécurité, le commerce, la mobilité, la lutte contre les réseaux criminels, les intérêts économiques et le dossier du Sahara.
Feijóo semble avoir intégré une première évidence : l’Espagne ne peut construire durablement sa politique régionale sans le Maroc. La véritable question sera donc de savoir s’il parviendra, une fois au pouvoir, à transformer cette reconnaissance en une politique cohérente.
-
07:15
-
07:01
-
07:00
-
06:58
-
23:45
-
23:30
-
23:15
-
23:00
-
22:45
-
22:30
-
22:15
-
22:00
-
21:45
-
21:30
-
21:15
-
21:00
-
20:45
-
20:30
-
20:00
-
19:45
-
19:30
-
19:00
-
18:45
-
18:30
-
18:15
-
18:00
-
17:45
-
17:30
-
17:19
-
17:15
-
17:00
-
16:45
-
16:39
-
16:30
-
16:20
-
16:15
-
16:15
-
16:07
-
16:04
-
16:00
-
16:00
-
15:56
-
15:50
-
15:49
-
15:45
-
15:45
-
15:36
-
15:35
-
15:30
-
15:27
-
15:19
-
15:19
-
15:19
-
15:15
-
15:04
-
15:02
-
15:00
-
15:00
-
14:54
-
14:48
-
14:45
-
14:30
-
14:24
-
14:15
-
14:04
-
13:44
-
13:31
-
13:15
-
13:09
-
12:44
-
12:30
-
12:15
-
12:00
-
11:51
-
11:45
-
11:45
-
11:36
-
11:36
-
11:30
-
11:15
-
11:07
-
11:00
-
10:45
-
10:30
-
10:15
-
10:09
-
09:44
-
09:30
-
09:15
-
09:00
-
08:45
-
08:30
-
08:23
-
08:15
-
08:10
-
08:00
-
07:54
-
07:50
-
07:45
-
07:30