Fès prépare son téléphérique entre mobilité, tourisme et protection du patrimoine
Le projet de téléphérique de Fès entre dans une nouvelle phase. Un appel à manifestation d’intérêt doit permettre d’identifier les opérateurs, investisseurs et groupements susceptibles de concevoir, financer, réaliser et exploiter cette future liaison. Mais avant de parler de chantier, la ville devra encore trancher plusieurs questions majeures : le tracé, les stations, la technologie, le modèle économique et surtout l’intégration de l’équipement dans l’environnement patrimonial de la Médina.
Plusieurs tracés encore en compétition
Le futur téléphérique n’a pas encore de parcours définitif. Le périmètre actuellement envisagé prévoit une ligne pouvant mesurer entre 1,5 et 3,5 kilomètres, tandis que les futurs candidats seront invités à étudier différents corridors.
L’objectif est de comparer plusieurs configurations en tenant compte des contraintes propres au territoire fassi : relief, foncier, nature des sols, circulation, environnement, paysage et proximité du patrimoine historique.
Trois grandes orientations sont notamment envisagées. La première consisterait à relier un pôle d’accès urbain à un belvédère situé en périphérie. Une deuxième pourrait connecter un accès extérieur à un point élevé situé hors du tissu ancien. La troisième privilégierait une liaison périphérique entre deux pôles d’accès, sans passage au-dessus du cœur de la Médina.
Cette dernière hypothèse devra notamment être confrontée à une alternative terrestre reposant sur une navette électrique.
La Médina au centre des arbitrages
À Fès, le choix du tracé ne peut être dissocié de la valeur patrimoniale du site. La Médina impose des précautions particulières afin que la future infrastructure ne modifie pas de manière excessive les perspectives urbaines et paysagères.
Les candidats devront ainsi produire des simulations visuelles et étudier les cônes de vue sensibles. L’impact des stations, des pylônes, des câbles et des équipements devra également être évalué.
Le survol direct du cœur de Fès el Bali est écarté au stade de la présélection, en raison des risques identifiés pour le patrimoine et le paysage. L’ambition affichée est plutôt de rechercher une solution permettant d'offrir des vues panoramiques sur la Médina sans introduire une infrastructure trop intrusive dans le tissu historique.
Un projet à vocation touristique et de mobilité
Le téléphérique envisagé ne se limite pas à une fonction de transport. Il doit également devenir une nouvelle porte d’entrée touristique vers Fès et proposer une expérience visuelle autour de la ville historique.
Cette double vocation constitue l’un des principaux enjeux du projet. La future liaison devra être suffisamment attractive pour les visiteurs, tout en apportant une véritable utilité en matière de mobilité entre différents points d’accès ou belvédères.
La fréquentation devra d’ailleurs être étudiée en distinguant plusieurs catégories d’usagers : touristes, excursionnistes, groupes organisés et clientèle locale. Les projections devront également intégrer les variations saisonnières, les horaires d’exploitation et les différents niveaux de tarification.
Une équation financière encore à définir
À ce stade, aucun modèle économique définitif n’est arrêté. Les candidats devront proposer leur propre schéma de financement et préciser les conditions de réalisation et d’exploitation de l’infrastructure.
Les études devront notamment prendre en compte les revenus issus de la billetterie ainsi que les éventuelles recettes complémentaires. En parallèle, les dépenses liées au personnel, à l’énergie, à la maintenance, aux assurances, au contrôle et au renouvellement des équipements devront être intégrées aux projections.
Le futur montage pourra également distinguer plusieurs responsabilités, notamment la propriété de l’infrastructure, son financement, sa maintenance et son exploitation commerciale.
Un calendrier de réalisation inférieur à deux ans envisagé
Le dossier fixe à titre indicatif un délai de réalisation de moins de 24 mois, mais plusieurs étapes devront encore être franchies avant d’arriver au chantier.
La procédure doit d’abord permettre de sélectionner les opérateurs capables de présenter une première approche technique et financière crédible. Les références professionnelles, les moyens techniques et les capacités financières feront partie des critères examinés.
À l’issue de cette première phase, trois candidats seront retenus pour poursuivre la compétition et remettre une proposition plus complète.
Une sélection basée sur plusieurs critères
La deuxième phase accordera une place importante à la qualité technique du projet. Le dossier technique et sa complétude représenteront 30 % de l’évaluation, tandis que le modèle économique, la rentabilité et le financement compteront pour 20 %.
Le modèle de réalisation et la capacité d’exécution pèseront pour 15 %, tout comme le modèle d’exploitation et de maintenance.
Les questions liées au patrimoine, au paysage, à l’environnement et à la sécurité représenteront 10 % de la note, à égalité avec l’attractivité touristique et la mobilité.
Cette pondération traduit la volonté de considérer le téléphérique comme un projet transversal, à la croisée de l’aménagement urbain, du tourisme, du transport et de la conservation patrimoniale.
Une procédure qui ne garantit pas encore la réalisation
Le lancement de l’appel à manifestation d’intérêt ne signifie pas pour autant que les travaux sont imminents. La procédure constitue avant tout une étape de sélection et de réflexion destinée à identifier le scénario le plus pertinent.
La participation à l’AMI ou la sélection d’un candidat ne constituera pas automatiquement une attribution du projet. Les études, autorisations et validations nécessaires devront encore être obtenues.
L’autorité compétente conservera par ailleurs la possibilité de modifier le projet, de le réaliser par étapes ou de ne pas le poursuivre.
Pour Fès, l’enjeu est donc désormais de trouver un équilibre entre trois impératifs : améliorer la mobilité, renforcer l’attractivité touristique et préserver l’intégrité d’un patrimoine historique exceptionnel. Le téléphérique n’est pas encore une réalité urbaine ; la ville entre d’abord dans la phase où il faudra déterminer quelle forme il pourrait prendre.
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