Filière rizicole marocaine : entre reprise agricole et menace des importations massives
Après plusieurs campagnes marquées par un déficit hydrique historique, puis par des épisodes d'inondations ayant affecté de vastes superficies agricoles, la filière rizicole marocaine fait désormais face à une nouvelle difficulté. Les professionnels du secteur estiment que la hausse des importations de riz exerce une pression croissante sur les capacités de stockage des unités industrielles, au moment même où la production nationale retrouve progressivement son niveau.
Concentrée principalement dans la plaine du Gharb, la culture du riz espérait amorcer une véritable relance au cours de la campagne 2026 grâce au retour des précipitations. Cet espoir a toutefois été contrarié par des pluies abondantes qui ont provoqué l'inondation de plus de 110 000 hectares dans les provinces de Kénitra, Larache, Sidi Kacem et Sidi Slimane, compliquant les travaux agricoles et retardant la reprise des exploitations.
À ces difficultés climatiques s'ajoute désormais un contexte commercial jugé préoccupant par les industriels. Selon les chiffres avancés par les représentants de la profession, les volumes de riz blanc et de riz étuvé importés ont plus que doublé entre 2022 et 2025, passant d'environ 55 000 tonnes à près de 119 000 tonnes. Si ces importations ont contribué à maintenir l'approvisionnement du marché pendant les années de faible récolte, leur maintien à un niveau élevé suscite aujourd'hui des inquiétudes au sein de la filière.
Les opérateurs estiment que les capacités de stockage des rizeries atteignent progressivement leurs limites. Une saturation des entrepôts pourrait empêcher les industriels d'acheter l'ensemble du riz paddy produit localement, limitant ainsi les débouchés des agriculteurs au moment de la récolte. Une telle situation risquerait également de mobiliser durablement les trésoreries des entreprises de transformation.
Les rizeries jouent en effet un rôle central dans l'organisation de la filière. Outre le décorticage et la transformation du riz, elles assurent la collecte de la production, accompagnent le financement des campagnes agricoles et facilitent les relations commerciales avec les producteurs. Leur fragilisation pourrait ainsi avoir des conséquences bien au-delà du seul secteur industriel.
L'impact économique concerne également un écosystème plus large. Même si le Maroc ne compte qu'un nombre limité de rizeries, ces installations génèrent plusieurs centaines d'emplois permanents et saisonniers chaque année. Leur activité soutient également de nombreux prestataires spécialisés, notamment dans le transport, la manutention, la logistique, la maintenance industrielle ou encore la fabrication d'emballages.
La région du Gharb demeure le principal bassin rizicole du pays et assure environ les trois quarts de la production nationale, selon les données communiquées par les professionnels. Des milliers d'agriculteurs y dépendent directement de cette culture, particulièrement adaptée aux caractéristiques des sols argileux de cette zone, où les possibilités de reconversion vers d'autres productions agricoles restent limitées.
Dans ce contexte, les acteurs de la filière suivent avec attention l'enquête de sauvegarde engagée par le Maroc auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) concernant les importations de riz blanc et de riz étuvé destinés à la consommation. Cette procédure, initiée à la suite d'une demande formulée par deux rizeries nationales, vise à déterminer si des mesures temporaires de protection du marché sont justifiées. À ce stade, seule l'ouverture officielle de l'enquête a été annoncée et aucune décision n'a encore été rendue publique.
Les industriels précisent que leur démarche ne remet pas en cause le principe des importations, mais qu'elle cherche à rétablir un équilibre entre les besoins du marché et la capacité d'écoulement de la production nationale. Plusieurs options sont évoquées, notamment la mise en place d'un droit additionnel, d'un contingent tarifaire ou d'autres mécanismes temporaires de régulation, accompagnés d'engagements portant sur la transparence des stocks, la modernisation des outils industriels et l'amélioration de la qualité de la production.
Pour les professionnels, l'évolution de cette procédure revêt désormais un caractère stratégique. Ils estiment qu'une réponse tardive pourrait accentuer les tensions sur les capacités de stockage, limiter les achats de riz local par les industriels et exercer une pression baissière sur les prix versés aux producteurs. Dans un contexte où la filière tente de se relever après plusieurs années de difficultés climatiques, l'enjeu consiste désormais à préserver durablement l'équilibre entre production nationale, activité industrielle et approvisionnement du marché.
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