France : Une enquête judiciaire vise Mohammed ben Salmane dans l’affaire Jamal Khashoggi
Près de huit ans après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, la justice française ouvre un nouveau chapitre judiciaire sensible impliquant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Un juge d’instruction parisien spécialisé dans les crimes contre l’humanité a été désigné pour examiner une plainte visant le dirigeant saoudien pour des faits présumés de torture et de disparition forcée.
L’information a été confirmée par le Parquet national antiterroriste, après plusieurs années de bataille procédurale menée par les organisations Trial International et Reporters sans frontières.
Les associations accusent Mohammed ben Salmane d’avoir joué un rôle central dans l’opération ayant conduit à la mort du journaliste dissident en octobre 2018 dans le consulat saoudien à Istanbul. Le corps de Jamal Khashoggi n’a jamais été retrouvé.
L’affaire avait provoqué une onde de choc internationale et fortement terni l’image de l’Arabie saoudite sur la scène diplomatique mondiale. Les services de renseignement des États-Unis avaient à l’époque conclu à une implication directe du prince héritier saoudien, bien que Riyad ait toujours contesté cette responsabilité.
La procédure engagée en France remonte à 2022, après un déplacement de Mohammed ben Salmane à Paris. Les plaignants soutiennent que les juridictions françaises sont compétentes pour enquêter sur des faits pouvant relever de crimes internationaux, notamment en matière de torture et de disparition forcée.
Après plusieurs refus initiaux du ministère public, la cour d’appel de Paris a finalement estimé que les demandes des organisations requérantes étaient recevables. Les magistrats ont notamment considéré que l’hypothèse d’un crime contre l’humanité ne pouvait être écartée à ce stade de la procédure.
L’enquête devra désormais déterminer si l’assassinat de Jamal Khashoggi s’inscrivait dans une politique plus large de répression ciblant des opposants politiques saoudiens. Les juges devront également examiner l’existence éventuelle d’un plan coordonné contre des voix dissidentes.
L’avocat de Reporters sans frontières, Emmanuel Daoud, a salué une avancée importante vers la manifestation de la vérité. Il estime que cette enquête judiciaire pourrait permettre d’identifier les responsabilités pénales des commanditaires et des exécutants du meurtre.
De son côté, le Parquet national antiterroriste maintient ses réserves juridiques sur la recevabilité des associations dans ce type de dossier, tout en prenant acte de la décision de la cour d’appel.
L’organisation Democracy for the Arab World Now, créée peu avant la mort du journaliste, voit dans cette décision une étape majeure vers une reconnaissance judiciaire internationale de l’affaire.
Malgré le retour progressif de l’Arabie saoudite sur la scène diplomatique mondiale ces dernières années, le dossier Khashoggi continue ainsi de peser sur l’image du royaume et sur les débats internationaux liés aux droits humains et à la liberté de la presse.
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