Gaza : Volker Türk demande l’accès d’enquêteurs internationaux aux zones détruites
La multiplication des découvertes de dépouilles sous les bâtiments détruits dans la bande de Gaza ravive les inquiétudes des Nations unies sur la préservation des preuves liées aux violations présumées du droit international. Mardi, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à permettre à des enquêteurs internationaux d’accéder à l’ensemble du territoire afin de contribuer à la collecte et à la conservation des éléments médico-légaux.
Selon le responsable onusien, les opérations de recherche menées dans plusieurs secteurs dévastés ont permis de retrouver de nombreux restes humains. Une situation qui, estime-t-il, nécessite une intervention rapide pour éviter que les traces susceptibles d’éclairer les circonstances des décès ne disparaissent avec les opérations de déblaiement.
Des centaines de dépouilles retrouvées
La Défense civile palestinienne rapporte avoir récupéré plus de 800 corps et restes humains depuis novembre dans différents sites détruits à Gaza. Le nombre de personnes toujours portées disparues sous les gravats dépasserait, selon cette même source, 8.000.
Entre fin juin et fin août, 233 corps auraient notamment été extraits des ruines de 20 bâtiments, principalement dans la ville de Gaza. Parmi les victimes recensées figureraient 74 enfants et 106 femmes.
Pour Volker Türk, ces découvertes pourraient ne représenter qu’une fraction des personnes encore ensevelies. L’ampleur des destructions dans le territoire complique considérablement les opérations de recherche et soulève également des questions sur la possibilité de préserver les éléments nécessaires à l’établissement des faits.
L’urgence de préserver les preuves
Au-delà de la récupération des dépouilles, l’enjeu porte désormais sur leur identification et sur la conservation des éléments permettant de déterminer les circonstances des décès.
L’ONU appelle notamment à documenter les lieux où les corps sont retrouvés ou inhumés, à préserver les informations médico-légales et à conserver les échantillons biologiques disponibles. Ces données peuvent jouer un rôle essentiel pour identifier les victimes et permettre aux familles de connaître le sort de leurs proches.
Volker Türk estime également que le droit des familles à la vérité ne se limite pas à l’identification des victimes ou à leur enterrement. La détermination des circonstances dans lesquelles les personnes ont trouvé la mort constitue également une dimension essentielle du processus.
Dans ce contexte, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme demande que des enquêteurs internationaux puissent accéder aux zones concernées afin de contribuer à la documentation des faits et à la préservation des preuves.
Des recherches menées dans des conditions extrêmement difficiles
Les opérations de récupération se heurtent cependant à d’importantes contraintes matérielles. Selon les informations communiquées par la Défense civile palestinienne, les équipes disposent de moyens très limités pour intervenir sur les sites détruits.
Le refus d’autoriser l’entrée d’engins lourds destinés au déblaiement complique davantage les recherches. Les équipes seraient parfois contraintes de travailler manuellement dans les ruines, avec un matériel lourd insuffisant.
À Genève, Ajith Sunghay, responsable des activités du bureau des droits de l’homme de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, a alerté sur la lenteur que ces conditions pourraient imposer aux opérations. Selon lui, la récupération des dépouilles encore ensevelies pourrait prendre de nombreuses années au rythme actuel.
Cette situation pose également un problème humanitaire et judiciaire : plus les recherches sont retardées, plus l’identification des victimes et la conservation des éléments permettant de documenter les décès deviennent complexes.
Israël appelé à respecter ses obligations internationales
Le Haut-Commissariat rappelle qu’Israël est tenu, au regard du droit international, de prendre les mesures nécessaires pour rechercher les personnes disparues et déterminer leur sort.
Cette obligation concerne également la récupération et l’évacuation des corps des personnes décédées. Pour l’ONU, la protection des dépouilles et la préservation des informations associées constituent donc un enjeu qui dépasse les seules opérations de secours.
L’appel de Volker Türk intervient alors que les destructions massives enregistrées dans la bande de Gaza rendent particulièrement difficile l’établissement de faits documentés. L’accès des enquêteurs internationaux aux sites concernés est ainsi présenté comme un moyen de préserver les éléments susceptibles d’éclairer les circonstances des décès et d’éventuelles violations du droit international.
Un enjeu pour les familles et la justice
Derrière les chiffres avancés par les autorités palestiniennes et les organisations internationales se trouve également la question des milliers de familles toujours privées d’informations sur leurs proches.
L’identification des corps, la localisation des sépultures et la conservation des données médico-légales constituent des étapes déterminantes pour répondre à leurs interrogations. Elles peuvent également contribuer, à terme, aux procédures judiciaires ou aux mécanismes internationaux chargés d’examiner les éventuelles violations commises durant le conflit.
En demandant l’ouverture de l’accès aux enquêteurs internationaux, l’ONU cherche ainsi à faire de la préservation des preuves une priorité immédiate, alors que les opérations de déblaiement et les destructions continuent de transformer les lieux susceptibles de contenir des éléments essentiels à l’établissement de la vérité.
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