GNL : le Maroc prépare ses infrastructures pour capter les équilibres énergétiques de 2030
Face à la transformation rapide du marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL), le Maroc affine sa stratégie énergétique et portuaire afin de se positionner comme un acteur de premier plan à l’horizon 2030. L’augmentation attendue de l’offre mondiale, portée notamment par l’entrée en production de nouveaux projets industriels aux États-Unis et au Qatar à partir de 2027, redessine les rapports de force énergétiques et ouvre de nouvelles marges de manœuvre pour les pays importateurs et de transit.
Selon des projections internationales largement relayées dans les milieux spécialisés, l’offre mondiale de GNL pourrait atteindre près de 600 millions de tonnes en 2030, soit une progression significative par rapport au milieu des années 2020. Cette dynamique pourrait se traduire par une situation d’excédent structurel sur les marchés, sous réserve de l’évolution du contexte géopolitique et du respect des calendriers industriels. Pour l’Afrique, cette perspective soulève une double interrogation : comment sécuriser l’approvisionnement face à la volatilité mondiale, et comment structurer des chaînes de valeur gazières orientées vers les besoins domestiques. Dans ce débat continental, le Maroc apparaît comme l’un des terrains où ces enjeux prennent une dimension stratégique.
Une anticipation fondée sur les infrastructures
Le Royaume mise sur une politique volontariste d’investissements dans les ports en eau profonde et les infrastructures énergétiques associées. Sur la façade méditerranéenne, le port de Nador West Med, en cours de réalisation, devrait entrer en exploitation au second semestre 2026. Pensé comme un hub intégré, il disposera dès sa première phase de plusieurs centaines d’hectares dédiés aux activités industrielles, avec une extension programmée à terme sur plusieurs milliers d’hectares.
Ce complexe accueillera la première infrastructure marocaine dédiée au GNL, sous la forme d’une unité flottante de stockage et de regazéification. Reliée par gazoduc aux principaux bassins industriels du nord-ouest du pays, cette installation constitue une étape clé de la stratégie nationale visant à diversifier le mix énergétique, à réduire la dépendance aux combustibles les plus émetteurs et à accompagner le développement industriel.
Sur la côte atlantique, le Maroc conduit parallèlement un projet portuaire majeur à Dakhla, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2028. Doté d’une profondeur de 23 mètres, la plus importante du pays, ce port est conçu pour accueillir des activités industrielles lourdes et servir de plateforme d’échanges pour les pays du Sahel. Le site sera adossé à de vastes zones industrielles et agricoles, irriguées par des installations de dessalement, illustrant une approche intégrée du développement territorial.
GNL, hydrogène et nouvelles routes énergétiques
Les ports de Nador et de Dakhla sont également appelés à jouer un rôle dans les filières énergétiques émergentes. Des quais dédiés à l’exportation d’hydrogène vert sont envisagés, en cohérence avec les ambitions nationales dans les énergies renouvelables. À plus long terme, un autre projet portuaire à Tan-Tan est à l’étude, en partenariat avec des investisseurs intéressés par l’hydrogène et les carburants de demain.
À l’échelle africaine, la montée en puissance de la production gazière subsaharienne devrait progressivement modifier l’équilibre régional. Si l’Afrique du Nord demeure aujourd’hui un pôle majeur, sa part relative pourrait diminuer au profit de nouvelles zones productrices. Dans le même temps, la demande intérieure africaine en gaz est appelée à croître fortement, tirée par l’urbanisation, l’industrialisation et les besoins en électricité. Or, l’insuffisance des réseaux de transport et de stockage limite encore l’acheminement du gaz vers les marchés nationaux, faisant du GNL une solution plus facilement mobilisable.
Le Maroc comme pivot régional
C’est dans cet environnement contrasté que le Maroc cherche à consolider sa position. Les projets de terminaux et de ports en eau profonde s’articulent avec des infrastructures de plus grande échelle, à commencer par le gazoduc Nigeria-Maroc. Ce projet transcontinental, appelé à relier les réserves ouest-africaines aux marchés nord-africains et européens, renforcerait le rôle du Royaume comme carrefour énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
La conversion du gaz en électricité constitue un autre axe structurant. À l’échelle du continent, le gaz est de plus en plus perçu comme un levier pour sécuriser l’approvisionnement électrique et soutenir la croissance industrielle. Dans cette dynamique, la position géographique du Maroc, au croisement des flux atlantiques, africains et européens, lui confère un avantage stratégique.
En pariant sur une mise en service graduelle de ses projets de GNL et sur des infrastructures polyvalentes, le Maroc ne se contente pas d’anticiper l’évolution du marché mondial. Il cherche à inscrire le gaz dans une vision de long terme, où sécurité énergétique, développement industriel et intégration régionale avancent de concert, faisant du Royaume l’un des pivots de la nouvelle géographie énergétique africaine.
-
13:03
-
12:04
-
11:01
-
10:00
-
09:30
-
09:30
-
09:00
-
21:00
-
20:00
-
19:30
-
19:00
-
18:30
-
18:00
-
17:30
-
17:07
-
16:44
-
16:30
-
16:06
-
15:44
-
15:30
-
15:00
-
14:44
-
14:30
-
14:10