Guerre au Moyen-Orient : Les perturbations du marché des engrais inquiètent la sécurité alimentaire mondiale
La guerre au Moyen-Orient commence à produire des effets bien au-delà du champ militaire. Les tensions dans la région perturbent fortement le commerce mondial des engrais, un secteur essentiel pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. Entre les arrêts de production dans plusieurs pays du Golfe et les difficultés logistiques dans le détroit d’Ormuz, les flux internationaux de fertilisants se contractent, provoquant une hausse rapide des prix sur les marchés.
Selon plusieurs analystes du secteur, cette situation pourrait affecter durablement l’approvisionnement de nombreux pays, notamment dans les régions les plus dépendantes des importations agricoles.
Le Golfe, acteur central du marché des fertilisants
La région du Golfe occupe une place stratégique dans la production mondiale d’engrais. Elle concentre une part importante des ressources nécessaires à leur fabrication, notamment le soufre, l’urée et l’ammoniac.
Depuis l’escalade du conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, plusieurs installations industrielles ont été contraintes de suspendre leur activité à la suite de frappes ou de perturbations logistiques. Au Qatar, certains complexes spécialisés dans les fertilisants ont notamment interrompu leur production.
Dans le même temps, le trafic maritime reste fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport de matières premières. Si un navire chinois chargé de soufre a pu quitter la zone début mars, plusieurs dizaines d’autres bâtiments restent immobilisés dans l’attente d’un passage sécurisé.
Cette région représente près de la moitié de la production mondiale de soufre, environ un tiers de l’urée, l’engrais le plus utilisé au monde, et près d’un quart de l’ammoniac.
Une dépendance mondiale aux engrais du Moyen-Orient
Les perturbations actuelles touchent directement de grandes puissances agricoles. Des pays comme les États-Unis ou l’Australie s’approvisionnent dans la région en urée et en phosphates.
Le Brésil, premier producteur mondial de soja, dépend largement des exportations d’urée provenant du Qatar et de l’Iran. L’Inde, quant à elle, s’appuie notamment sur les phosphates issus de l’Arabie saoudite pour soutenir sa production agricole.
L’Asie reste particulièrement dépendante de ces ressources, absorbant une grande partie de l’ammoniac et du soufre produits dans la région.
Des effets indirects sur l’Europe et le Maroc
Même les régions moins dépendantes directement du Golfe subissent des répercussions. L’Union européenne importe par exemple une partie importante de son urée depuis l’Égypte.
Or, la production égyptienne est aujourd’hui fragilisée par l’arrêt des livraisons de gaz israélien par pipeline et par la hausse des prix du gaz naturel, élément central dans la fabrication des engrais azotés.
Dans ce contexte, les prix de l’urée égyptienne ont fortement augmenté sur les marchés internationaux.
Le Maroc, acteur majeur dans la production d’engrais phosphatés, est lui aussi concerné indirectement, car la fabrication de ces fertilisants nécessite du soufre provenant en grande partie du Golfe.
Un risque accru pour les pays les plus vulnérables
Face à cette situation, les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. L’Organisation des Nations unies s’inquiète notamment des conséquences pour les pays à faible revenu, déjà confrontés à des tensions alimentaires.
Pour le Programme alimentaire mondial (PAM), la perturbation des chaînes d’approvisionnement en fertilisants pourrait constituer un nouveau tournant dans l’équilibre du système agricole mondial.
Les engrais jouent un rôle central dans la production agricole moderne, en apportant aux cultures les nutriments essentiels tels que l’azote, le phosphore ou le potassium.
Une production mondiale très concentrée
La fabrication d’engrais repose sur des ressources naturelles spécifiques. Les engrais azotés nécessitent d’importantes quantités de gaz naturel, ce qui explique la domination des régions riches en hydrocarbures comme le Golfe ou la Russie.
Les engrais phosphatés, eux, dépendent de la présence de gisements de roche phosphatée, concentrés notamment en Chine, au Maroc et en Arabie saoudite.
Cette concentration géographique rend la chaîne d’approvisionnement mondiale particulièrement vulnérable aux crises géopolitiques.
Une incertitude liée à la durée du conflit
Pour les experts du secteur, l’évolution du marché dépendra principalement de la durée de la guerre et de l’ampleur des dommages infligés aux infrastructures énergétiques et industrielles.
À court terme, les besoins agricoles restent globalement couverts. Mais les analystes s’interrogent déjà sur l’impact possible sur les prochaines campagnes agricoles, notamment dans l’hémisphère Sud.
Face à ces tensions, certains responsables européens appellent à développer une stratégie continentale sur les engrais, afin de réduire la dépendance aux régions instables et de renforcer la résilience du système agricole.
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