Hôpitaux marocains : la consommation énergétique atteint 236 GWh par an
Une étude menée par deux chercheurs marocains met en lumière le poids énergétique des établissements hospitaliers publics. Leur analyse estime à environ 236 GWh par an la consommation de l’ensemble du parc et souligne le potentiel encore largement inexploité du photovoltaïque et du stockage par batteries.
Les besoins énergétiques des hôpitaux marocains commencent à être mieux documentés. Une étude réalisée par Souad Lakjiri, de l’École Mohammadia d’ingénieurs, et Mohammed Ouassaid, de l’Université Mohammed V de Rabat, propose une première estimation harmonisée de la consommation énergétique des établissements hospitaliers publics du Royaume.
À partir de relevés provenant de cinq hôpitaux dont les données pouvaient être comparées, les chercheurs évaluent la consommation moyenne à près de 10 MWh par lit fonctionnel et par an. En extrapolant cette donnée à l’ensemble du parc hospitalier, la demande annuelle atteindrait environ 236 GWh.
Les auteurs précisent toutefois que cette estimation doit être considérée comme un ordre de grandeur. Elle ne constitue pas encore une statistique nationale définitive, notamment en raison de l’absence de données homogènes et publiquement disponibles permettant de mesurer précisément la consommation de l’ensemble des établissements.
Des besoins énergétiques très concentrés
L’étude met également en évidence une particularité du fonctionnement hospitalier : certains espaces, bien que relativement réduits en superficie, concentrent une part importante de la demande électrique.
Le cas du CHU d’Oujda est particulièrement révélateur. Le bloc opératoire étudié, composé de dix salles d’intervention, représente environ 0,5 % de la superficie totale de l’hôpital. Pourtant, sa consommation annuelle atteint 5,12 % de la consommation électrique de l’établissement, en tenant compte notamment des besoins liés à la climatisation.
Cette concentration s’explique par les exigences techniques propres aux blocs opératoires, où les équipements médicaux, la ventilation, la climatisation et les impératifs de continuité de service imposent des besoins énergétiques élevés.
L’étude invite ainsi à considérer l’hôpital comme une infrastructure énergétique particulière, dont les profils de consommation ne peuvent être assimilés à ceux d’un bâtiment tertiaire classique.
Le photovoltaïque et les batteries comme leviers
Les chercheurs se sont également intéressés au potentiel des systèmes énergétiques décentralisés, notamment pour les installations hospitalières les plus énergivores.
Dans le scénario consacré au bloc opératoire du CHU d’Oujda, l’association d’une installation photovoltaïque à un système de stockage par batteries permettrait de réduire sensiblement la quantité d’électricité prélevée sur le réseau.
Selon la simulation présentée, l’électricité importée annuellement passerait de 343,13 MWh à 214,57 MWh, soit une diminution de 37,47 %.
Ce résultat illustre l’intérêt potentiel du couplage entre production solaire locale et stockage, particulièrement pour des infrastructures qui fonctionnent en continu et dont certaines activités nécessitent une alimentation électrique fiable.
Un potentiel encore peu exploité dans les établissements publics
Au-delà des chiffres, l’étude pointe une autre réalité : les solutions d’énergie distribuée demeurent encore marginales dans les hôpitaux marocains.
Le développement du photovoltaïque associé au stockage pourrait pourtant répondre à plusieurs enjeux simultanément : réduire la dépendance au réseau, mieux maîtriser certaines dépenses énergétiques et contribuer à la transition vers des infrastructures de santé moins carbonées.
Pour les chercheurs, une meilleure connaissance des profils de consommation constitue néanmoins un préalable. La généralisation de relevés énergétiques homogènes permettrait notamment d'identifier les établissements et les équipements présentant les plus importants potentiels d’optimisation.
Cette première estimation ouvre ainsi la voie à une réflexion plus large sur la performance énergétique du parc hospitalier marocain, dans un contexte où les infrastructures de santé doivent concilier continuité des soins, maîtrise des coûts et transition énergétique.
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