Hydrocarbures : la polémique enfle autour du stockage commun au Maroc
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes et une forte volatilité des prix de l’énergie, le Front National pour la Sauvegarde de la Raffinerie Marocaine de Pétrole met en garde contre les risques liés à l’instauration d’un système de stockage commun des hydrocarbures au Maroc. L’organisation estime que cette orientation pourrait fragiliser davantage un secteur déjà sous pression.
Son président, El Houssine El Yamani, insiste sur la nécessité d’instaurer une véritable souveraineté énergétique. Selon lui, celle-ci ne peut se limiter à des solutions temporaires ou à des mécanismes techniques isolés, mais doit reposer sur une application stricte des lois en vigueur. Il rappelle notamment que les entreprises sont tenues de constituer un stock stratégique minimum, regrettant que cette obligation ne soit pas pleinement respectée.
Le rôle du Conseil de la concurrence est également au cœur du débat. El Yamani critique l’approche actuelle de l’institution, qu’il juge trop axée sur des études techniques, sans traiter en profondeur les dysfonctionnements du marché, notamment en matière de pratiques anticoncurrentielles.
En réponse, Ahmed Rahhou, président du Conseil, rappelle que son institution n’intervient pas dans la fixation quotidienne des prix des carburants. Cette mission relève des autorités gouvernementales, tandis que le Conseil se concentre sur l’analyse globale du marché et de ses évolutions.
La proposition d’un système national de stockage mutualisé cristallise les tensions. Pour le Front de sauvegarde de la SAMIR, ce modèle pourrait favoriser une coordination entre les opérateurs du secteur, en contradiction avec les règles de la concurrence, et ouvrir la voie à d’éventuelles ententes illicites.
L’organisation plaide plutôt pour une clarification des responsabilités entre l’État et les acteurs privés. Elle rappelle que la sécurité énergétique relève avant tout des pouvoirs publics, appelés à garantir un approvisionnement continu du marché. Dans cette perspective, El Yamani souligne l’importance de relancer les activités de raffinage au niveau de la raffinerie de Mohammedia afin de renforcer les capacités nationales.
Depuis la libéralisation du secteur des hydrocarbures, le paysage énergétique marocain a profondément évolué, sans que le cadre réglementaire ne soit entièrement adapté. Cette situation a engendré des fragilités, notamment en ce qui concerne le respect de l’obligation de constituer des réserves stratégiques couvrant au moins 60 jours de consommation.
Les crises internationales récentes ont mis en évidence cette fragilité, renforçant l’urgence d’une réforme structurelle. Pour le Front, toute évolution du système doit s’appuyer sur la responsabilité, la transparence et l’application effective des lois existantes.
Par ailleurs, les marchés pétroliers ont récemment enregistré une légère baisse. Le Brent s’est établi autour de 108 dollars le baril, tandis que le brut américain WTI a reculé aux environs de 95 dollars, dans un contexte de mesures internationales visant à sécuriser l’approvisionnement énergétique.
Dans ce climat incertain, la question de la souveraineté énergétique du Maroc s’impose comme un enjeu stratégique majeur, à la croisée des impératifs économiques, juridiques et politiques.
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