Immigration : Paris et Alger relancent discrètement la coopération sur les expulsions
Après une année de paralysie diplomatique, le mécanisme des reconduites à la frontière entre la France et l'Algérie semble retrouver son rythme de croisière. Ce jeudi 7 mai 2026, le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a officialisé la reprise des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière, un sujet jusque-là marqué par un silence prudent de la part de la Place Beauvau.
Un déblocage amorcé depuis la mi-février
S'exprimant lors d'un entretien croisé sur CNews et Europe 1, le locataire de l'Intérieur a dressé un premier bilan chiffré de cette reprise. Selon ses déclarations, plus de 140 reconduites ont été effectuées depuis le début de l'année 2026. Ce redémarrage fait suite à un déplacement stratégique du ministre à Alger à la mi-février, période à laquelle aucun laissez-passer consulaire n'avait encore été délivré pour l'exercice en cours.
« Depuis que je suis allé en Algérie, c’est reparti », s'est félicité Laurent Nuñez, précisant que 120 laissez-passer ont été octroyés par les autorités algériennes dans la foulée de sa visite. Tout en reconnaissant la nécessité d'accroître ces flux, le ministre a souligné que le dialogue sécuritaire est désormais « réamorcé ». L'objectif à court terme est désormais d'aboutir à l'organisation de « vols groupés », permettant l'expulsion simultanée de plusieurs individus afin d'optimiser les procédures.
Une gestion sous tension des centres de rétention
La question des centres de rétention administrative (CRA) reste au cœur des préoccupations ministérielles. Laurent Nuñez a confirmé que les ressortissants algériens représentent actuellement environ 30 à 40 % des effectifs retenus, soit un peu plus de 700 personnes sur les 2 000 places disponibles sur le territoire français.
Ce dossier migratoire, hautement sensible, évolue dans une atmosphère diplomatique complexe. Pour rappel, les relations entre Paris et Alger s'étaient brutalement refroidies à l'été 2024, consécutivement à la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Cette décision avait provoqué l'ire du pouvoir algérien, soutien historique du Front Polisario.
La méthode Nuñez : l'apaisement plutôt que le bras de fer
Le style de Laurent Nuñez marque une rupture nette avec la ligne de son prédécesseur, Bruno Retailleau. Là où l'ancienne direction privilégiait une rhétorique de confrontation pour obtenir des concessions consulaires, le ministre actuel semble miser sur la discrétion et la négociation directe.
En dissociant, autant que faire se peut, la coopération technique en matière de sécurité et d'immigration des grands contentieux géopolitiques, la Place Beauvau espère stabiliser durablement un canal de communication essentiel pour la gestion des flux migratoires en France.
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