InnoTrans 2026 : le Maroc accélère son offensive industrielle dans le ferroviaire
À Berlin, le pavillon marocain de la 15e édition d’InnoTrans a concentré l’attention de nombreux acteurs internationaux du ferroviaire. Porté par un programme d’investissement dépassant 10 milliards de dollars à l’horizon 2030, le Royaume cherche désormais à transformer le développement de ses infrastructures ferroviaires en véritable levier industriel, avec une montée en puissance attendue de la production locale.
Pendant quatre jours, le Maroc a occupé une place remarquée au sein d’InnoTrans 2026, l’un des principaux rendez-vous mondiaux consacrés aux technologies de transport et particulièrement au secteur ferroviaire. Organisée à Berlin, cette édition a rassemblé 3 190 exposants issus de 59 pays, offrant à l’Office national des chemins de fer (ONCF) une plateforme pour présenter ses projets et développer de nouveaux partenariats.
Pour Mohammed Smouni, directeur général adjoint de l’ONCF, les échanges enregistrés durant le salon dépassent désormais le cadre de la prospection. Plusieurs discussions engagées avec des industriels et opérateurs internationaux doivent se poursuivre au Maroc dans les prochains mois.
Plus de 10 milliards de dollars pour transformer le rail marocain
Derrière cette dynamique se trouve un programme d’investissement de plus de 10 milliards de dollars à l’horizon 2030. L’objectif ne consiste pas uniquement à étendre les infrastructures : le Maroc cherche également à structurer autour du ferroviaire un écosystème industriel capable de renforcer progressivement la production nationale.
L’extension de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech constitue l’un des principaux projets de cette transformation. Le programme englobe également le développement des services ferroviaires de proximité et la modernisation des infrastructures existantes.
Cette nouvelle phase doit permettre au rail de rejoindre les secteurs automobile et aéronautique parmi les filières industrielles sur lesquelles le Royaume entend renforcer ses capacités de production et d’intégration locale.
168 nouvelles rames et une ambition de fabrication locale
Le renouvellement du parc constitue un autre volet majeur de cette stratégie. L’ONCF a commandé 168 rames de nouvelle génération auprès d’Alstom, de CAF et de Hyundai Rotem.
Pour l’opérateur ferroviaire, ces commandes représentent également une opportunité de développer davantage la filière industrielle nationale. L’ambition affichée consiste à faire fabriquer une partie du matériel roulant au Maroc et à augmenter progressivement la part de valeur produite localement.
Cette orientation pourrait favoriser l’émergence d’un réseau de fournisseurs et de sous-traitants spécialisés, tout en renforçant les compétences marocaines dans les domaines liés à la construction, à la maintenance et aux technologies ferroviaires.
De nouveaux partenariats noués à Berlin
Le salon berlinois a permis à l’ONCF de retrouver plusieurs partenaires historiques, parmi lesquels Alstom, CAF, Hyundai Rotem, CRRC, Strukton, GCF et Colas.
Les discussions ont également porté sur de nouveaux segments technologiques, notamment les systèmes intelligents appliqués au ferroviaire.
L’intérêt suscité par la stratégie marocaine s’est matérialisé par plusieurs visites institutionnelles. Le pavillon marocain a notamment accueilli Jean Castex, président de la SNCF, ainsi que le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, et le secrétaire d’État parlementaire allemand aux Transports, Ulrich Lange.
Ce dernier a salué auprès de la MAP le développement de la grande vitesse au Maroc et souligné les perspectives d’investissement associées au programme ferroviaire du Royaume.
L’Allemagne et la France renforcent leur coopération avec le Maroc
La dynamique engagée à Berlin s’est traduite par la signature de plusieurs accords.
L’ONCF a conclu un mémorandum d’entente avec DB Systemtechnik, filiale d’ingénierie de Deutsche Bahn. Le partenariat couvre notamment l’ingénierie ferroviaire, la maintenance, y compris la maintenance prédictive, ainsi que l’innovation.
La coopération s’est également développée avec la France. Le cluster marocain Morocco TraIndustry (MTI) a signé un mémorandum avec l’European Railway Clusters Initiative et conclu une convention avec la Fédération des industries ferroviaires (FIF).
Une première traduction concrète de cette coopération est attendue dès novembre, avec la venue au Maroc d’industriels français intéressés par les possibilités d’implantation dans le Royaume.
Le ferroviaire marocain mise aussi sur l’innovation environnementale
La stratégie présentée à Berlin ne se limite pas aux infrastructures et au matériel roulant. Les innovations environnementales développées par l’ONCF ont également retenu l’attention.
Le projet « Rewater Train », déployé à Casablanca et appelé à être étendu à Kénitra et Tanger, permet de traiter et de réutiliser 97 % de l’eau employée pour le lavage des trains.
Cette initiative a reçu le UIC Sustainability Impact Award 2026 dans la catégorie consacrée aux ressources naturelles.
Autre projet distingué : « Inclusive Mobility », consacré à l’amélioration de l’accessibilité du transport ferroviaire pour les personnes à mobilité réduite. L’initiative figurait parmi les finalistes des prix de l’Union internationale des chemins de fer.
Une délégation mobilisée pour préparer la prochaine étape
Derrière les annonces et les accords signés, une équipe d’environ 40 collaborateurs de l’ONCF a participé aux travaux du salon. Leur mission consistait notamment à identifier de nouveaux équipements, technologies et solutions susceptibles d’accompagner la transformation du réseau marocain.
Cette prospection traduit une volonté de maintenir une veille technologique permanente alors que le secteur ferroviaire connaît une évolution rapide, notamment dans les domaines de la digitalisation, de la maintenance prédictive et des systèmes intelligents.
Pour l’ONCF, InnoTrans constitue ainsi autant une vitrine qu’un espace de négociation et de préparation des prochaines étapes du programme ferroviaire marocain.
Après Berlin, les rendez-vous se poursuivent au Maroc
La clôture du salon ne marque pas la fin des échanges. Plusieurs initiatives doivent désormais prolonger la dynamique engagée dans la capitale allemande.
Les 14 et 15 octobre, Rabat accueillera un forum consacré au financement du rail africain, organisé conjointement par l’ONCF et l’Union internationale des chemins de fer.
Le mois de novembre sera ensuite marqué par la venue au Maroc d’un groupe d’industriels français souhaitant examiner les possibilités d’investissement et d’implantation dans le secteur ferroviaire.
De Berlin à Rabat, la stratégie marocaine se dessine donc autour d’un même objectif : utiliser l’accélération des investissements ferroviaires pour développer les infrastructures, attirer les technologies et renforcer progressivement une industrie locale capable de participer à la chaîne de valeur du rail.
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