Iran : l’AIEA appelle à renouer le dialogue alors que la pression internationale s’accentue
Le dossier nucléaire iranien connaît un nouveau regain de tension. À Vienne, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a appelé lundi l’Iran à reprendre un dialogue direct avec l’agence onusienne, alors qu’une initiative portée par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne prévoit de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour le chef de l’AIEA, la reprise de la coopération constitue la voie la plus rapide vers une sortie de crise. Mais l’absence d’accès aux principaux sites nucléaires iraniens continue de compliquer considérablement le travail des inspecteurs internationaux.
L’AIEA réclame un retour sur les sites nucléaires
Depuis la guerre de douze jours déclenchée par Israël et rejointe par les États-Unis en juin 2025, l’AIEA n’a plus pu accéder aux installations de Fordo, Natanz et Ispahan, qui avaient été touchées lors des frappes.
La situation s’est encore complexifiée depuis le début du conflit avec Washington, le 28 février, de nouvelles installations nucléaires ayant également été visées.
Lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’AIEA à Vienne, Rafael Grossi a insisté sur la nécessité de rétablir rapidement les échanges avec Téhéran. Selon lui, un dialogue sérieux accompagné d’un accès aux installations concernées pourrait produire des effets importants sur le dossier.
Le responsable onusien a également souligné que le travail de l’agence se poursuivait indépendamment de la résolution actuellement envisagée par plusieurs puissances occidentales.
Washington, Londres, Paris et Berlin veulent saisir le Conseil de sécurité
Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont préparé un projet de résolution visant à reprocher à l’Iran des manquements à ses obligations de déclaration dans le domaine nucléaire.
Le texte prévoit que Rafael Grossi transmette la résolution aux membres de l’AIEA ainsi qu’au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale des Nations unies.
Cette initiative intervient alors que la coopération entre l’Iran et l’agence internationale reste fortement dégradée. La question du suivi des activités nucléaires iraniennes demeure notamment liée à l’incertitude entourant les stocks d’uranium enrichi accumulés avant les frappes de 2025.
Le stock d’uranium enrichi au cœur des interrogations
Avant les attaques de juin 2025, l’AIEA évaluait à 440,9 kilogrammes les réserves iraniennes d’uranium enrichi à 60 %. Ce volume avait augmenté de 32,3 kilogrammes par rapport au précédent relevé effectué le 17 mai de la même année.
Un niveau d’enrichissement de 60 % est nettement supérieur à celui généralement nécessaire pour les usages civils courants, tout en restant inférieur au seuil d’environ 90 % généralement associé à la fabrication d’une arme nucléaire.
Depuis les frappes de juin 2025, le devenir exact de cette réserve reste toutefois difficile à établir. L’absence d’accès aux installations concernées empêche l’AIEA de disposer d’une visibilité complète sur la situation.
Rafael Grossi a regretté qu’aucune interaction substantielle n’ait pu être rétablie avec les autorités iraniennes depuis cette période. Il estime que les questions en suspens ne peuvent être réglées sans un retour des inspecteurs et la possibilité de procéder aux vérifications nécessaires.
Des mécanismes d’urgence pour éviter une nouvelle escalade
Au-delà du bras de fer diplomatique, le dossier pose un problème de vérification internationale. Pour l’AIEA, la capacité à accéder aux installations et à recueillir des informations fiables constitue une condition essentielle pour déterminer l’état réel du programme nucléaire iranien.
La démarche défendue par Rafael Grossi repose donc sur une logique de coopération : rétablir les échanges, permettre les inspections et obtenir les informations nécessaires afin de réduire les incertitudes.
Cette position intervient cependant dans un environnement diplomatique particulièrement tendu, alors que les puissances occidentales cherchent à renforcer la pression sur Téhéran par la voie des Nations unies.
Téhéran rejette le projet de résolution
La réaction iranienne ne s’est pas fait attendre. La mission de l’Iran auprès des Nations unies a dénoncé sur le réseau social X le projet de résolution, le qualifiant de nouvelle démarche désespérée et estimant qu’il n’apporterait aucun bénéfice.
Le contraste est donc net entre les deux approches. D’un côté, l’AIEA insiste sur la nécessité d’un dialogue permettant de rétablir les mécanismes de contrôle. De l’autre, les puissances occidentales envisagent une nouvelle étape diplomatique devant le Conseil de sécurité.
Dans ce contexte, le retour d’un accès international aux installations nucléaires iraniennes apparaît comme l’un des principaux enjeux du dossier. Sans cette visibilité, les interrogations sur les activités et les stocks nucléaires de l’Iran risquent de continuer à alimenter les tensions internationales.
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