Iran : Trump encourage la contestation et promet un soutien aux manifestants
Donald Trump a appelé mardi les manifestants iraniens à poursuivre leur mobilisation contre le pouvoir en place, leur promettant un soutien extérieur. S’adressant aux « patriotes iraniens », le président américain les a exhortés à maintenir la pression sur les institutions, affirmant que « l’aide est en route ».
Ce mouvement de contestation, qui a débuté le 28 décembre, est considéré comme l’un des plus importants depuis la proclamation de la République islamique en 1979. Initialement déclenchées par la détérioration des conditions économiques et la hausse du coût de la vie, les manifestations ont rapidement pris une dimension politique. Depuis leur apparition, Donald Trump a multiplié les déclarations musclées, évoquant à plusieurs reprises la possibilité d’une intervention militaire américaine.
Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, la répression a fait au moins 734 morts. L’organisation estime toutefois que le bilan réel pourrait être bien plus lourd, évoquant la possibilité de plusieurs milliers de victimes. Des vidéos récemment apparues sur les réseaux sociaux, authentifiées par l’AFP, montrent des dizaines de corps alignés dans une mosquée située au sud de Téhéran, des images qui ont suscité une vive émotion à l’international.
Face à la contestation, les autorités iraniennes ont annoncé l’organisation d’une grande cérémonie funéraire à Téhéran en hommage aux « martyrs » des derniers jours, un terme employé principalement pour désigner les membres des forces de l’ordre. Sur la scène internationale, les réactions se sont multipliées. L’Organisation des Nations unies s’est dite « horrifiée » par la répression, tandis que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé un bilan humain « effroyable » et annoncé que de nouvelles sanctions contre Téhéran seraient proposées rapidement aux Vingt-Sept.
L’Union européenne, ainsi que plusieurs capitales comme Paris, Berlin et Londres, ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour protester contre ce qu’elles qualifient de répression « la plus brutale et la plus sanglante » contre des manifestations depuis des années. La cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a souligné la gravité exceptionnelle des violences.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a publié un message sans équivoque : « Continuez à manifester – prenez le contrôle de vos institutions ! », affirmant avoir annulé toutes les réunions prévues avec des responsables iraniens tant que, selon lui, les « meurtres insensés de manifestants » se poursuivraient. La Maison Blanche a rappelé que l’option de frappes aériennes restait envisageable, tout en assurant que la diplomatie demeurait la priorité. Le président américain a également annoncé l’imposition immédiate de droits de douane de 25 % visant les partenaires commerciaux de l’Iran.
« Tueries à grande échelle »
Depuis plus de cinq jours, l’Iran est largement coupé d’internet. Des défenseurs des droits humains accusent les autorités de chercher à dissimuler l’ampleur de la répression. L’IHR évoque environ 10 000 arrestations, tandis que Human Rights Watch fait état de rapports crédibles faisant mention de « tueries à grande échelle » menées par les forces de sécurité à travers le pays.
Des témoignages recueillis à l’étranger décrivent une situation de plus en plus tendue. « La violence augmente, tout comme les arrestations. Les forces de sécurité tirent au hasard », rapporte un opposant iranien installé à Istanbul, relayant les propos de proches à Mashhad. Les liaisons téléphoniques internationales, brièvement rétablies, restent instables.
À Téhéran, la présence des forces de sécurité semblait moins visible aux principaux carrefours qu’au plus fort des manifestations. Les journaux pro-gouvernementaux ont mis en avant les rassemblements organisés à l’appel du pouvoir, le quotidien ultraconservateur Kayhan évoquant une « humiliation historique » infligée, selon lui, aux États-Unis et à Israël. Les médias d’État diffusent en continu des images de dégradations et rendent hommage aux membres des forces de sécurité présentés comme victimes d’un « terrorisme » orchestré de l’étranger.
Accusations d’ingérences étrangères
Tout en reconnaissant les difficultés économiques à l’origine du mouvement, le pouvoir iranien accuse des « émeutiers » manipulés par l’étranger d’être responsables des violences. Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a déclaré sur Al Jazeera que la coupure d’internet était liée à des « opérations terroristes » dont les ordres provenaient, selon lui, de l’extérieur du pays.
À 86 ans, le guide suprême Ali Khamenei fait face à une contestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années. Pour certains experts, ces manifestations constituent le défi le plus sérieux pour le pouvoir, tant par leur envergure que par la nature de plus en plus politique des revendications. D’autres analystes appellent toutefois à la prudence, soulignant la solidité de l’appareil répressif de la République islamique, notamment le rôle central des Gardiens de la Révolution.
Le réalisateur iranien Jafar Panahi, Palme d’or au Festival de Cannes, a lancé un appel à la communauté internationale, estimant que le peuple iranien, « sans défense », avait besoin d’un soutien urgent face à la répression.
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