Japon : l’assouplissement des heures supplémentaires relance le débat sur le surtravail
Le Japon assouplit à partir de ce mardi 1er septembre 2026 son approche du contrôle des heures supplémentaires, une évolution présentée comme un moyen de répondre aux difficultés de recrutement et de soutenir l’activité économique. La décision intervient alors que plusieurs secteurs font face à un manque persistant de main-d’œuvre, notamment la construction, le transport et l’hôtellerie.
Le changement ne supprime pas les plafonds légaux existants, mais modifie la manière dont les bureaux d’inspection du travail appliquent leurs recommandations. Jusqu’à présent, les entreprises étaient incitées à maintenir les heures supplémentaires dans la limite de 45 heures par mois. À compter du 1er septembre, les inspecteurs ne pousseront plus systématiquement les entreprises à respecter ce seuil lorsque des accords collectifs prévoient des dépassements dans le cadre légal.
La pénurie de main-d’œuvre au cœur de la réforme
Le gouvernement dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi cherche ainsi à donner davantage de souplesse aux entreprises confrontées à des difficultés opérationnelles liées au manque de personnel.
Une enquête publiée en mai par la Chambre de commerce et d’industrie du Japon montre que les restrictions sur les heures supplémentaires constituent une contrainte pour environ 20% des petites et moyennes entreprises. L’impact est particulièrement marqué dans les secteurs du transport, de la construction et de l’hébergement-restauration, où les difficultés de recrutement sont plus importantes.
Pour ces entreprises, la possibilité d’organiser plus librement le temps de travail doit notamment permettre de répondre à des pics d’activité et d’éviter de renoncer à certains contrats ou missions faute de personnel disponible.
Le seuil de 45 heures reste une référence
L’annonce du gouvernement ne signifie toutefois pas que la limite de 45 heures disparaît du droit du travail japonais. Le cadre légal prévoit toujours, en principe, un plafond de 45 heures supplémentaires par mois et de 360 heures par an.
Des dispositions exceptionnelles permettent cependant, lorsqu’un accord entre employeurs et salariés le prévoit, d’aller jusqu’à moins de 100 heures sur un mois, sous certaines conditions, avec notamment des plafonds annuels et des règles concernant la moyenne des heures travaillées sur plusieurs mois.
C’est précisément l’application des recommandations des services d’inspection qui évolue. Le ministère du Travail indique vouloir désormais accorder davantage d’importance au respect des mesures destinées à préserver la santé et le bien-être des salariés plutôt qu'à une approche uniforme fondée uniquement sur le seuil de 45 heures.
Les syndicats redoutent un retour en arrière
Cette évolution inquiète toutefois les organisations syndicales, qui craignent qu'une plus grande flexibilité ne fragilise les efforts engagés depuis plusieurs années pour réduire le temps de travail au Japon.
Le pays a profondément renforcé son arsenal contre les longues journées de travail après plusieurs affaires ayant illustré les conséquences parfois dramatiques du surmenage professionnel. Le terme « karoshi », qui désigne la mort liée au surtravail, est devenu emblématique de ce problème.
Les syndicats redoutent notamment que l'assouplissement des recommandations ne réduise les incitations pour les entreprises à rechercher des solutions structurelles à leurs difficultés de recrutement, comme l'embauche, l'amélioration des conditions de travail ou la réorganisation des tâches.
Un équilibre difficile entre économie et santé
Le gouvernement affirme pour sa part que la santé des salariés restera une priorité. Le ministère du Travail prévoit de continuer à surveiller les entreprises et à intervenir lorsqu'un risque important pour la santé des travailleurs est identifié.
Cette réforme place ainsi le Japon face à un arbitrage délicat. D'un côté, les entreprises de secteurs en tension demandent davantage de flexibilité afin de préserver leur capacité de production et de services. De l'autre, les autorités doivent éviter que cette souplesse ne ravive une culture professionnelle historiquement associée aux longues heures de travail.
La question sera donc moins celle de la disparition du plafond légal que celle de la manière dont les entreprises utiliseront les marges de manœuvre existantes. Le gouvernement japonais entend répondre à la pénurie de travailleurs sans remettre en cause les dispositifs destinés à prévenir les risques liés au surmenage.
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