Jeunes en attente : l’exclusion sociale gagne du terrain au Maroc
Au Maroc, une part importante de la jeunesse continue de se retrouver en dehors des circuits de l’emploi, de l’éducation et de la formation. Selon les dernières données, près d’un jeune sur trois âgé de 15 à 29 ans se trouve dans la catégorie dite des NEET, un acronyme désignant les personnes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce phénomène met en lumière une fragilité sociale devenue un véritable défi national.
En 2023, environ 2,94 millions de jeunes marocains, soit 33,6 % de cette tranche d’âge, vivaient dans cette situation. Malgré les efforts engagés ces dernières années, ce taux reste élevé et traduit une difficulté persistante à créer des passerelles efficaces entre le système éducatif et le marché du travail. Pour de nombreux jeunes, l’entrée dans la vie active se transforme en attente prolongée, parfois marquée par le découragement.
La situation devient encore plus préoccupante avec l’âge. Chez les 25 à 29 ans, un jeune sur deux est concerné, signe que l’exclusion ne se limite pas à une période transitoire après les études. Sans accompagnement adapté, l’éloignement du marché du travail peut s’installer durablement, réduisant progressivement les chances d’insertion professionnelle.
Les jeunes femmes restent les plus exposées. Près de la moitié des femmes âgées de 15 à 29 ans sont classées dans cette catégorie, contre moins d’un homme sur cinq. Ce déséquilibre s’explique notamment par des contraintes sociales, familiales et territoriales qui limitent encore l’accès des femmes à l’emploi ou à la poursuite des études.
Les disparités territoriales renforcent également cette fracture. Dans plusieurs zones rurales, l’éloignement des établissements scolaires, le manque de transports ou l’absence de centres de formation contribuent à interrompre précocement les parcours. Pour certains jeunes, le lieu de naissance continue ainsi de déterminer fortement les opportunités futures.
Comparé à d’autres régions du monde, le Maroc affiche un niveau supérieur à la moyenne internationale. Cette réalité soulève des interrogations sur la capacité du pays à mobiliser pleinement son potentiel humain. Les experts estiment qu’une meilleure coordination entre éducation, formation professionnelle et développement économique pourrait constituer l’un des leviers majeurs pour réduire cette exclusion silencieuse.
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