Johannesburg perd 655 millions de litres d’eau par jour à cause des fuites
Johannesburg fait face à une crise de l’eau paradoxale : alors que les réserves hydriques de la province du Gauteng restent élevées, une quantité considérable d’eau n’atteint jamais les consommateurs. Selon un nouveau rapport du Centre for Risk Analysis (CRA), la métropole perd chaque jour environ 655 millions de litres d’eau, principalement en raison des fuites dans les canalisations, des raccordements illégaux et des défaillances du système de comptage.
À l’échelle financière, cette situation représente également un lourd manque à gagner. Au tarif résidentiel, l’eau qui disparaît avant d’être facturée correspondrait à environ 71,5 millions de rands de recettes perdues, soit plus de 4,4 millions de dollars.
Un tiers de l’approvisionnement de Rand Water disparaît
Le volume perdu à Johannesburg représente environ un tiers de l’eau fournie à la ville par Rand Water, principal opérateur de distribution d’eau en gros. Une partie des volumes injectés dans le réseau n’arrive donc jamais aux robinets des habitants.
Le CRA considère ces pertes comme l’un des principaux facteurs expliquant les difficultés financières auxquelles la ville est confrontée. L’eau qui s’échappe du réseau ne génère évidemment aucune recette, tout en mobilisant des ressources qui restent nécessaires à l’approvisionnement de la population.
La situation est d’autant plus préoccupante que les pertes d’eau ne résultent pas uniquement de l’état des infrastructures. Les branchements illégaux et les insuffisances du comptage contribuent également à creuser l’écart entre les volumes distribués et ceux effectivement consommés et facturés.
Johannesburg affiche des pertes supérieures à la moyenne nationale
Le phénomène dépasse largement le cas de Johannesburg. En Afrique du Sud, 47,3 % de l’eau distribuée sont perdus avant d’atteindre les consommateurs. Dans la métropole, cette proportion atteint environ 50 %, selon le rapport.
Autrement dit, près d’un litre sur deux destiné aux habitants de Johannesburg disparaît quelque part entre le réseau d’approvisionnement et l'utilisateur final.
Cette inefficacité contraste fortement avec les difficultés vécues par une partie de la population. Au cours des douze derniers mois, 28 % des ménages auraient subi des interruptions d’eau d’au moins 48 heures. Pour 20 % des ménages concernés, les coupures auraient même duré quinze jours ou davantage.
Le problème apparaît ainsi moins lié à la disponibilité globale de la ressource qu’à la capacité du réseau à l’acheminer efficacement jusqu’aux consommateurs.
Des réserves pourtant jugées suffisantes
Le paradoxe est particulièrement visible dans le Gauteng. Les barrages de la province, qui abrite notamment Johannesburg et Pretoria, ainsi que ceux des zones qui contribuent à son approvisionnement, affichent des niveaux proches de 95 % de leur capacité.
Ces réserves devraient théoriquement permettre à Johannesburg de traverser un été sec avec une marge relativement confortable. Pourtant, les interruptions d'approvisionnement persistent dans plusieurs quartiers.
Pour le CRA, cette situation démontre que la vulnérabilité de Johannesburg ne peut pas être expliquée uniquement par les conditions météorologiques. Contrairement au Cap-Occidental, où la sécheresse et les conditions climatiques jouent un rôle central, la crise observée à Johannesburg est avant tout liée aux performances du réseau et à sa gestion.
Le risque El Niño ravive les inquiétudes
Les pertes interviennent par ailleurs dans un contexte climatique susceptible de devenir plus tendu. Le rapport met en garde contre la possibilité d’un épisode El Niño de forte intensité, qui pourrait accroître la pression sur les ressources hydriques en Afrique australe.
Le Cap-Occidental, Johannesburg et plusieurs pays voisins de l’Afrique du Sud figurent parmi les zones considérées comme particulièrement exposées.
Dans ce contexte, chaque litre perdu dans les infrastructures représente une ressource supplémentaire qu’il faut produire, transporter ou stocker pour compenser les déperditions. La réduction des fuites apparaît donc comme un enjeu à la fois financier, opérationnel et climatique.
Une urgence davantage liée aux infrastructures qu’aux réserves
Le cas de Johannesburg met en évidence une difficulté structurelle : disposer de réserves suffisantes ne garantit pas automatiquement un accès régulier à l’eau.
Avec des pertes estimées à la moitié des volumes destinés à la ville, l’amélioration du réseau constitue un levier essentiel pour renforcer la sécurité hydrique. Réparer les conduites défaillantes, lutter contre les raccordements illégaux et fiabiliser les systèmes de comptage pourraient permettre de récupérer des volumes considérables tout en améliorant les recettes municipales.
À l’approche d’une éventuelle période de stress hydrique, la question dépasse donc la seule recherche de nouvelles ressources. Pour Johannesburg, une part importante de la solution pourrait déjà se trouver dans l’eau qui circule actuellement dans ses canalisations, mais qui n’arrive jamais jusqu’aux habitants.
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