Kénitra : Un appel d’offres sur le traitement des déchets soulève des soupçons et pousse le PJD à demander des comptes
À Kénitra, la gestion des déchets revient au centre des préoccupations, non pas uniquement pour des raisons écologiques, mais aussi pour des soupçons d’irrégularités dans l’attribution d’un marché public stratégique. Mustapha Ibrahimi, député du Parti de la Justice et du Développement (PJD), a adressé une question écrite au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, dénonçant ce qu’il considère comme de « graves dysfonctionnements » dans le processus d’appel d’offres relatif à la création d’un centre de traitement et de valorisation des déchets solides dans la commune.
L’élu affirme que la nouvelle version de la convention, validée lors d’une session extraordinaire du conseil communal le 13 mars 2025, s’écarte largement de celle approuvée en 2021 par les services du ministère. Il alerte sur le fait que plusieurs modifications substantielles auraient été introduites sans concertation ni justification claire, altérant ainsi l’esprit initial du projet.
Parmi les points les plus controversés figure l’absence d’informations clés dans le nouveau cahier des charges, notamment sur l’offre présentée par l’entreprise sélectionnée. Pour Ibrahimi, ce flou porte atteinte aux principes de transparence et d’égalité entre les candidats, piliers essentiels des marchés publics. Il souligne que plus d’une douzaine de clauses majeures ont été revues, dont la suppression de l’exigence d’un taux minimum de valorisation des déchets fixé à 30 %. Cette suppression transformerait, selon lui, le futur centre de valorisation en simple décharge, vidant le projet de son ambition écologique.
Le député met aussi en avant des préoccupations d’ordre financier. Il assure que les coûts de l’investissement ont été révisés à la hausse, dépassant les estimations initiales, sans explication tangible. Une telle dérive budgétaire représenterait, selon lui, une charge supplémentaire injustifiée pour la commune. Il rappelle que la convention prévoit, en cas de non-réalisation des investissements prévus, la création d’un compte spécifique nommé « Écart d’investissement » destiné à compenser les écarts constatés.
De plus, la nouvelle mouture du projet inclurait une révision de la structure même du programme d’investissement, sans fondement clair, ce qui remettrait en cause l’équilibre contractuel initial. Ibrahimi redoute que ces ajustements profitent principalement à l’entreprise adjudicataire, au détriment des intérêts collectifs et des autres soumissionnaires évincés.
Dans son intervention, le parlementaire appelle le ministère de l’Intérieur à diligenter une enquête approfondie afin de faire la lumière sur ces irrégularités présumées. Il insiste également sur la nécessité de prendre des mesures correctives urgentes pour garantir le respect de la législation et assurer une gouvernance locale transparente, équitable et soucieuse de l’environnement.
Alors que Kénitra fait face à un défi récurrent de gestion des déchets, cette polémique vient raviver les interrogations sur la manière dont sont conduits certains grands projets au niveau local, où l’enjeu dépasse la technique pour toucher à la probité des processus décisionnels.
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