L’UNESCO alerte sur une forte baisse de l’aide mondiale à l’éducation d’ici 2027
L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du financement de l’éducation à l’échelle mondiale. Dans son dernier Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM), présenté à l’occasion du Sommet sur la transformation de l’éducation (TES+4) à Paris, l’institution prévoit une baisse pouvant atteindre 30 % de l’aide internationale consacrée à ce secteur entre 2023 et 2027.
Selon l’organisation, cette tendance risque de fragiliser davantage les systèmes éducatifs, en particulier dans les pays à faible revenu, où les besoins demeurent considérables et les marges budgétaires limitées.
Une baisse des financements qui inquiète l’UNESCO
À travers ses nouvelles projections, l’UNESCO estime que le recul des financements internationaux pourrait alimenter un cercle vicieux marqué par le sous-investissement, l’aggravation des inégalités et un ralentissement du développement économique et social.
Le directeur général de l’organisation, Khaled El-Enany, a rappelé que l’éducation demeure l’un des investissements les plus rentables pour les États. Pourtant, malgré son rôle déterminant dans la croissance, l’emploi et la réduction des inégalités, elle continue de souffrir d’un déficit chronique de financement.
L’institution souligne que des mécanismes innovants existent déjà, notamment les dispositifs de conversion de dette en investissements éducatifs, mais leur déploiement reste limité faute d’un engagement politique plus affirmé.
Une tendance déjà visible dans les chiffres
Le rapport met en évidence une diminution continue de l’aide internationale à l’éducation. En 2024, les financements destinés au secteur auraient reculé de 8 % par rapport à l’année précédente.
La situation est encore plus préoccupante pour l’éducation de base, qui englobe le préscolaire, le primaire et le premier cycle du secondaire, avec une baisse estimée à 15 %.
Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur apparaissent comme les plus exposés. Depuis 2023, ils auraient perdu en moyenne 21 % des financements internationaux destinés à leurs systèmes éducatifs. Dans certains États, comme l’Afghanistan, le Libéria, le Mali ou le Niger, les réductions dépasseraient même 40 %.
L’éducation recule dans les priorités internationales
L’UNESCO constate également une diminution de la place accordée à l’éducation dans l’aide publique au développement. En 2024, cette dernière ne représentait plus que 7,5 % de l’ensemble des financements internationaux, soit son niveau le plus faible depuis vingt ans.
L’organisation illustre ce déséquilibre par une comparaison marquante : les dépenses militaires mondiales engagées en seulement 37 heures équivaudraient à l’ensemble de l’aide internationale consacrée à l’éducation sur une année entière.
Pour l’UNESCO, cette évolution interroge les priorités de la communauté internationale au moment où plusieurs pays doivent faire face à une forte croissance démographique et à des besoins éducatifs toujours plus importants.
Un déficit de financement de près de 100 milliards de dollars
Le rapport estime que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur font face à un déficit annuel de financement de l’éducation de 97 milliards de dollars.
À cette contrainte s’ajoute le poids croissant de la dette publique, qui réduit la capacité de nombreux gouvernements à investir dans leurs systèmes éducatifs. Selon l’UNESCO, plusieurs États consacrent désormais davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’au financement de l’éducation.
Afin de répondre à cette situation, l’organisation appelle à revoir les mécanismes de financement internationaux et encourage le recours à des solutions telles que les échanges dette-éducation, permettant de convertir une partie des obligations financières extérieures en investissements ciblés au profit des écoles, de la formation des enseignants et des infrastructures éducatives.
Un sommet tourné vers l’après-2030
Les recommandations du rapport ont été présentées lors du Sommet sur la transformation de l’éducation +4, qui rassemble à Paris des ministres de l’Éducation, des représentants d’institutions financières internationales, des organisations de la société civile, des enseignants, du secteur privé et des jeunes.
Cette rencontre poursuit un double objectif : accélérer les progrès vers l’Objectif de développement durable n°4, qui vise à garantir une éducation inclusive, équitable et de qualité d’ici 2030, tout en préparant les orientations de la coopération internationale pour la période post-2030.
À cinq ans de cette échéance, l’UNESCO insiste sur la nécessité de replacer l’éducation au cœur des politiques publiques mondiales afin d’éviter qu’un déficit de financement durable ne compromette les perspectives de développement de nombreux pays.
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